28 mai 2008
Chronique d'un blog qui ne veut pas mourir
"Pourquoi, slobodan? Pourquoi ne pas nous laisser en paix? Après un an de silence de ta part, nous pensions que tu étais mort, et qu'ainsi, nous pourrions enfin vivre en paix! Les enfants du village recommençaient tout juste à oser sortir jouer; les femmes avaient enfin troqué l'uniforme que tu leur avais imposé - ce sac de riz en toile de jute, percé en deux endroits pour les bras et un seul pour une des jambes, afin de les empêcher de s'enfuir - contre des robes ou des pantalons, en tout cas dans des vêtements qui ne leur donnaient pas d'urticaire; pourquoi es-tu revenu?"
C'est précisément à cause de ce relachement que j'ai décidé de me manifester de nouveau au Slobodankhstan. Je le sens bien, les gens sont désoeuvrés, il n'ont plus personne à craindre, ils errent dans la rue à cueillir des fleurs, à cultiver des légumes ou à jouer au ballon... Là où ils devraient passer leurs journées à courir dans tous les sens en poussant des hurlements terrifiés, et à se demander s'ils vont voir la lumière du jour suivant.
Au delà du destin des Slobodanais, c'est la perspective de pouvoir me montrer cruel qui me manquait. Depuis que je suis parti, voici un an, j'ai décidé de monter une communauté en plein air d'animaux de compagnie: chiens, chats, cochons d'inde, et toute autre peluche vivante munie de quatre pattes, d'un petit museau et d'un petit coeur perméable à l'amour de son futur propriétaire. Ca prend beaucoup de temps, il y a beaucoup de décisions à prendre, bref, il y a des points communs avec la dictature. Mais tout de même, il y a des moments vécus en tant que dictateur que je ne pourrais pas revivre au sein de ma nouvelle communauté.
Par exemple, je me souviens de cette jeune villageoise que j'avais recueillie - un des souvenirs les plus émouvants de mon règne: la malheureuse avait posé le pied sur une mine antipersonnelle, et était venue me voir, en larmes, me confier son désarroi et me demander son aide.
"Maître, maître! Je vous en prie, aidez-moi! Je suis blessée, profondément blessée!
- Que se passe-t-il mon enfant? Parlerais-tu de ce lambeau de chair pendant sur un os qui te sert de jambe droite?
- Non, Maître, mais il y a un rapport. Ce matin, pour nourrir ma mère atteinte d'un cancer en phase terminale, je suis allé, comme chaque matin, dans la forêt ramasser des champignons venimeux et avariés - les seuls que vos troupes royales nous laissent pour nous nourrir.
- Avant de te laisser continuer, mon enfant, je te rappelle que si j'ai fait ramasser tous les champignons sains de la région, c'est à cause des retombées radioactives de l'essai nucléaire que j'ai fait effectuer au-dessus de ton village. Je trouvais inhumain de te laisser, à toi et à ta famille, un espoir de survie en te permettant de te nourrir, alors que, de toute évidence, vous êtes tous condamnés. Que ne m'aurait-on dit, si je vous avais fait vivoter en vous nourissant sainement! J'entends d'ici la critique de la communauté internationale: "gnagnagna, Slobodan se moque du monde en faisant mine de s'occuper de sa population, gnagnagna, il joue les père noël en les nourissant, alors qu'il les irradie un jour, avant de les exploiter le lendemain dans son camp de travail, gnagnagna, nous on applique les droits de l'homme, gnagnagna, nous on est des tapettes, gnagnagna." Non, moi, je suis quelqu'un de droit. On peut dire ce que l'on veut de ma personne, mais pas que je serais capable de mentir à mes protégés. Vous êtes pour la plupart irradiés à un niveau qui ne vous permettra pas de survivre à la nouvelle année, ce n'est pas moi qui essayerais de faire de la désinformation en vous faisant croire qu'il vous reste une chance. De toutes façons, je serais bien idiot d'essayer de vous duper, puisqu'il vous suffit de vous regarder dans la glace et de compter vos affreuses pustules pour réaliser que vous n'en avez plus pour longtemps.
- Je sais tout cela, Maître, vous faites beaucoup pour nous, et tous mes cousins ont conscience de votre immense générosité -le plus jeune, Vincent, me le disait encore ce matin, juste avant de cracher un gros caillaux de sang et de mourir-; je ne mentionnais les champignons venimeux que par souci du détail.
- Brave petite. Poursuis donc.
- Eh bien voilà: en me penchant pour en attraper un beau (il avait trois têtes et deux jolis boutons jaunes et verts sur la tige), mon pied s'est posé sur une mine anti-personnelle, avec, entre autres, la conséquence que vous voyez.
- Je le vois, en effet. Et donc?
- Il y a une chose que mon orgueil ne supporte pas. C'est que les mines, pour lesquelles nous n'avons déjà que peu de sympathie, se permettent d'être aussi anti-personnelles. Je vous jure, Maître, que vous n'avez pas idée de ce que c'est, de se faire exploser une jambe sans la moindre considération, comme si l'on était anonyme, comme si l'on n'existait pas. C'est un contact très impersonnel. Je me sens humiliée.
- Je comprends, mon enfant. Ton histoire m'a ému. Aussi, je te promets de faire retirer toutes les mines anti-personnelles de notre territoire, jusqu'à la dernière! Dorénavant, chaque mine sera personnalisée. Avant d'exploser, l'engin pourra détecter, à l'aide d'un petit implant posé à la naissance, l'identité du propriétaire du pied qui l'aura enclenché. Ainsi, son nom retentira intelligiblement avant l'explosion, évitant ainsi toute vexation.
- Merci, Maître. Je vous aime.
- Ah non, tu te trompes, petite. Ce n'est plus "je vous aime" qu'il faut me dire pour me saluer.
- Ah bon? Ca a changé?
- Oui, la semaine dernière. Tu ne l'as pas lu au Journal Officiel?
- C'est que, mon Maître, nous n'avons pas accès à la presse ni aux librairies, ni aux bibliothèques, dans notre village. Et de toutes façons, notre vue est devenue trop mauvaise à cause des glaucômes, qui apparaissent dès 12 ans. Comment faut-il donc vous saluer, désormais?
- "Je vous aime, Maître."
- Je vous demande pardon, Maître. Pouvez-vous me rappeler les modalités d'expiation des fautes? S'agit-il toujours du suicide par choc céphalique mural?
- Non, Dieu merci, nous avons assoupli cette disposition. Tu as désormais la possibilité d'opter pour une autre méthode. Tu vois ce puits?
- Oui, Maître.
- Au fond se trouve une dizaine de pics rouillés et enduits d'acide, qui t'offriront une mort flamboyante.
- Oh, merci, Maître! Je vous aime, Maître."
Je me souviens encore de la joie de cette petite, rampant en direction du puits, son visage pustulé recouverts de larmes de gratitude. Ce sont là des choses que l'on ne vit plus, quand on a quitté le trône. Evidemment, je pourrais tout à fait miner un champ de patates et lâcher quelques lapins en attendant la pluie de poils et de sang. Mais le lapin ne geint pas - ou alors, très peu-, ce qui rend l'événement un peu plat. Le lapin miné est à la victime ce que la soirée de la palme d'or à Cannes est aux cérémonies de remise de prix dans les festivals de film.
Bref, tout ça pour dire que la dictature me manque. Pour autant, je sais l'énergie que prend la cruauté à temps plein; aussi, je ne vous promets pas d'être aussi présent que lors de mon précédent règne, mais je jure devant moi-même que plus jamais je laisserais mes ouailles livrée à elles-mêmes, sans raison de mourir.
07 juin 2007
Tête à queue
"Slobodan, ne laisse pas tes chaussettes traîner par terre !
Slobodan, achète-moi des légumes !
Slobodan, fais-moi jouir !
Slobodan, tu ne sauteras pas Alexandra !
Slobodan, et moi, est-ce que j'ai le droit de sauter des mecs ?
Slobodan, arrête de me parler de Sarkozy !
Slobodan, t'as mangé tous les cookies ! T'es un Salobodan !"
Bon... Tout ça, j'y suis habitué. En revanche, "Slobodan, fais-nous rire" est une invective qu'il m'a rarement été donné d'entendre. Et c'est pourtant ce qu'ont exigé deux de mes admiratrices (oui, je me la pète, parfaitement)(enfin, non, pas parfaitement, sinon j'aurais prononcé le mot "admiratrice" en le précédant d'un temps d'arrêt, pour donner l'impression d'habiter mon propos en puisant mon inspiration dans le portrait de Nicolas Sarkozy collé en face de mon lit dans les rayons rougeoyants du soleil quittant le ciel parisien pour aller convoler une dernière fois avec les nuages avant d'aller dire bonjour aux poissons de l'Atlantique).
Il est vrai que ces derniers temps, élections obligent, je n'ai parlé que de ça, et ce au détriment des choses essentielles de la vie, à savoir le cul. Hmmm ? J'ai dit "LES choses essentielles de la vie" ? Mince... Il va falloir que je trouve autre chose alors ! Remarquez, c'est un exercice intéressant, ça... Affirmer quelque chose pour une raison sincère, puis trouver une autre raison pour justifier ce même propos.
Vous n'avez rien compris ? Vous me rassurez. "Et quoi ?" me demanderez-vous à juste titre. "Et rien" vous répondrai-je. Je n'ai pas dit "rat sûr et...", bande de nazes. On voit que vous ne m'écoutez pas beaucoup. Eh bien ça fait plaisir... Alors dîtes moi, à quoi sert que je m'abstienne pendant deux mois de vous écrire des textes apolitiques, si, une fois que je vous en écris un, vous regardez par la fenêtre pendant que Ducros, il se décarcasse, hmmm ? C'est désespérant.
Voici maintenant la partie angoissante de ce texte. Celle qui viendra justifier toutes les conneries que je viens de débiter, ainsi que toutes celles qui vont suivre: le sujet.
Partie angoissante donc. Pour moi tout d'abord : vous imaginez qu'après 5 paragraphes, le bas commence à blesser un peu, d'ailleurs je songe à abandonner le kilt... pour un tissu d'une autre forme - désolé, mesdames! Encore qu'en cherchant bien sur le web (le "cloud" comme j'ai cru entendre qu'il fallait désormais appeler Internet - si, elle est bien, ma phrase, et figurez-vous qu'elle vous emmerde), vous devriez trouver ce qui vous fait rêver la nuit.
Et là, combien de femmes vont se jeter sur la toile pour trouver une image d'un entrepôt de pièces d'or ? Ahahah, je vois déjà les Chiennes de Garde me menacer de leurs crocs féministes, laissant siffler au travers de leurs chicots tachés du sang des machos aujourd'hui éradiqués de notre territoire l'accusation consistant à clamer que je soupçonne les femmes de vénalité. Soyez rassurés : ce que préfèrent les femmes, c'est bien connu, c'est l'humour. Mais bon, tout de même... On rit de meilleur coeur à une blague de Toto si l'on peut la ponctuer du tintement de deux verres de Château Talbot 1982 ! Et puis, le rire sort mieux si on laisse à sa gorge le champ libre pour respirer, ce qui est toujours plus facile à faire dans un décolleté arboré en l'honneur de son interlocuteur, qui, décidément, ressemble follement à George Clooney.
L'argent, l'humour, le corps : ces trois concepts font autant envie aux hommes qu'aux femmes. Figurez-vous que j'ai les trois; en effet, dans mon célèbre camp de concentration à thème, "Sloboland", l'on peut voir, dans les cages A à F, d'anciens millionnaires reconditionnés aux plaisirs de la retenue; dans les cages G à R, des prisonniers au corps sculptural (taillé à même la chair sur le modèle de statues grecques); et, dans les cages S à W, d'anciens humoristes ratés rééduqués avec ma méthode "Apprenez l'humour en vous prenant des vestes". La cage Z, également appelée cage de débriefing par nos éducateurs, contient les corps des humoristes ratés ayant mal réagi à la rééducation. Il faut dire que certains de nos éducateurs stagiaires, payés au coup de veste et en tickets restaurants, ont tendance à laisser parler leur faim dans leur bras.
BREF, ne pas avoir de sujet si tard dans un post, oui, c'est ennuyeux. C'est aussi angoissant pour vous, je le sais: que Slobodan nous réserve-t-il ? Des révélations sur son futur lieu de vacances ? La vérité sur JFK ? Mon horoscope ?
Scorpion : ce soir, réussite professionnelle pour toute votre équipe de football !
Balance, Sagittaire, Poisson, Verseau, Taureau, Capricorne, Gémeau, Bélier, Cancer, Lion et Vierge : échec professionnel pour vous ce soir !
conclusion : soit les équipes gagnantes de ce soir sont entièrement composées de scorpions, soit Mme Irma se fout de ma gueule. Irma, ma douce, comment as-tu pu ?
Vous vous dîtes sans doute que mon texte n'a ni queue, ni tête. C'est à croire que vous me tendez la perche pour être vulgaire!! Eh bien non, je ne tomberai pas dans le piège, le but du saut en hauteur étant de monter, et pas de descendre. Quelques rabat-joie iront dire "beuhahahah, de toutes façons, on retombe toujours après un saut". Voilà pourquoi tu échoues, jeune Skywalker! Tu n'as pas de conviction! Alors qu'en y croyant un peu, et en tapant "fesses+Slobodan" sous Google, tu trouverais sans doute une des choses essentielles de la vie !
03 mars 2007
Je ne comprends rien à ce que raconte ma gardienne
Les anglais, les allemands, les italiens qui essayent de parler français, ça va, je comprends. Mais je suis incapable de piger le moindre mot sortant d'une bouche portugaise.
Ce qui m'impressionne le plus, c'est la capacité de mes interlocuteurs portugais à penser que je comprends ce qu'ils sont en train de me raconter. Je ne sais pas à quoi c'est dû. Ma tête d'incompréhension ne doit pas être assez claire, et pourtant ! Il me semble que mon imitation de la vache anorexique d'Ethiopie est assez fidèle. En tout cas, ils parlent, ils parlent, sans même imaginer un seul instant que je puisse ne pas comprendre. Alors ils enchainent, à la vitesse de la lumière - et ce sont souvent ceux que je comprends le moins qui ont le plus de trucs à me dire.
Au bout d'un moment, généralement, je laisse tomber et me contente de hocher la tête avec la conviction inaltérable du petit chien en plastique sur la plage arrière d'une voiture de beaufs. Mais de temps en temps, j'essaye. Par exemple, avec ma gardienne (pas plus haute que large - je crois que c'est dû au fait qu'elle vit au rez de chaussée, la pression des étages supérieurs doit l'aplatir) ça donne ça :
"Bonchour Mizié Zlobodan !
- Ah, bonjour Mme Fernandez ! (j'utilise un nom d'emprunt pour couvrir son anonymat, hein)
- Brezjvi conch catagnole EDF ?
- Euh, oui! Tout à fait, ils sont passés ce matin.
- Brechichi chtioulélé gougnouf colich ?
- Euh... Hein ?
- Brechichi chtioulélé colich pochtal ?
- Ah! Oui, j'ai bien trouvé le colis sous mon paillasson, c'est très gentil. Ceci dit, vous savez, ce n'est peut-être pas la peine de le mettre sous le paillasson comme les autres lettres, si le colis fait plus d'un mètre cube.
- Vouchavé vuké lépoubèle chagéjour ?
- Euh... oui, vous avez raison: "ça, c'est sûr".
- Na, na : vouchavé vuké lépoubèle chagéjour ?
- Le... le chat à jour ?
- Lépoubèle chagéjour !
- Ah, l'abat-jour ? Non, merci, je n'ai pas besoin d'un abat-jour. Mais merci, vous êtes gentille de proposer.
- Na... lésak cheudi !
- Les sacs jeudi ?
- Chiii !
- Ahhhh ! Eh bien je savais bien qu'on y arriverait ! Bon... Et alors, les sacs, que voulez-vous me dire à propos des sacs ?
- Lépoubèle chagéjour !
- Bon. Euh... Eh bien, si ce n'est que ça, il suffisait de le dire dès le départ. Quoi qu'il en soit, excusez-moi, hein, mais je dois vraiment y aller ! Très bonne journée à vous, mme Fernandez !
- Chlsdfgqbon jrouizrheghpdrthg lkusrhqof !
- Euh... C'est ça! Aurevoir!"
09 janvier 2007
Autruches volantes
Ah ! 2007. Il va s'en passer des choses, cette année. Si vous avez lu quelques-uns de mes articles, vous avez dû remarquer qu'il va y avoir une élection présidentielle. Siii !! Je vous assure. Je vous le rappelle, parce qu'il faudrait voir à ne pas l'oublier. Et surtout parce que le fait de le garder à l'esprit permet de faire des rêves fantastiques. Regardez-moi : l'autre jour, j'ai fait le rêve le plus génial de toute ma carrière.
Je me retrouve ainsi face à un reportage du JT sur l'élection présidentielle du royaume de Belgique (ça commence fort). Sur le trottoir, le maire de Bruxelles serre toutes les mains qu'il peut serrer ; en effet, il a décidé de se présenter.
"Les parrainages ? Ca me fait pas peur. Je vais y arriver."
Ses adversaires, qui le qualifient de "petit candidat", estiment que tout cela n'est pas sérieux. On demande son avis à une dresseuse / chasseuse d'autruche sur la question. Pourquoi une chasseuse d'autruches ? Eh bien voyez-vous, elle a été engagée par la municipalité de Bruxelles pour réintroduire ce superbe animal, longtemps espèce dominante dans la capitale de la moule et de la frite.
"C'est important de pouvoir capturer des autruches à Bruxelles. C'est tellement sympa !" Images à l'appui : on la voit, à bord de sa petite Smart, poursuivre un de ces volatiles dans les rues.
"Mais le plus important pour moi, c'est de transmettre mon art. J'aime apprendre aux gens comment élever puis capturer des autruches. Mon rêve: exporter ces animaux ainsi que la pratique."
Mais comment exporter des autruches ? Très simple : on les met sur des rails, et on les attache à la queue du TGV. Me voici derrière le train, à observer la chose. Tout à coup, le TGV part en trombe. Les oiseaux tiennent bon, mais je me dis que, tout de même, ça ne doit pas être facile. Et précisément, au bout de quelques secondes, malheur ! Les pauvres animaux prennent le vent et s'envolent, virevoltant dangereusement entre les fils électriques !!
N'écoutant que mon courage, je me déleste de mon portefeuille avant de grimper moi-même sur les rails pour partir à leur poursuite. Accroché au train, j'attends de prendre suffisamment de vitesse avant de lâcher les rennes; et me voilà parti, à mon tour, dans les airs ! Concentration, coordination : j'arrive tant bien que mal à ramener un à un les oiseaux au sol, les sauvant ainsi d'une mort certaine.
Seulement voilà : je suis moi aussi dans de beaux draps ! J'ai sauvé tout le monde, mais je suis encore en l'air, entre les câbles... Je risque gros, j'ai peur ! Je navigue tant bien que mal entre ces fils de mort, mais c'est de plus en plus dur, de plus en plus rapide. Là ! Un espace entre deux câbles ! C'est ma chance, je dois absolument m'y engouffrer pour me retrouver au-dessus de cette mélasse électrifiante ! Le nez en l'air, sans plus regarder derrière moi, je donne tout ce que j'ai dans une dizaine de grands coups de palmes - seul outil mien pour me propulser.
Après dix secondes de propulsion effrénée, je décide que je suis sans doute assez loin dans les airs pour pouvoir regarder en bas en toute sécurité... Et comment ! Je baisse la tête... Et je pousse un cri ému : "comme c'est beau !" (selon ma voisine de sommeil ce soir-là, j'ai justement poussé une espèce de gémissement orgasmique au même instant, avant que ma respiration ne s'accélère...)
En effet, me voilà au-dessus d'un tapis de nuages, face à la cîme des montagnes. Le panorama est absolument prodigieux, je n'ai jamais rien vu de tel. Une immense sensation d'espace, de liberté, s'empare de moi. La planète toute entière me semble être devenu mon terrain de jeu.
Je suis en pleine extase oculaire, mais en même temps, terrifié : me voici à des centaines de mètres d'altitude, sans savoir où je me trouve (j'ai pu dévier de plusieurs kilomètres lors de mon ascension sans m'en rendre compte, comme lorsque l'on nage sans se poser de question dans la mer, et qu'une fois revenu, on ne sait plus où on est... Bordel, mais où est ma serviette?). En plus, je n'ai que mes palmes, et s'il m'arrivait quelque chose, cela pourrait ne pas suffire à me sauver. Alors je décide de couper court à ce plaisir visuel, et d'entamer ma descente.
Je redescends donc en planant, donnant un petit coup de palme de temps en temps pour ne pas chuter trop rapidement. Passé sous les nuages, je réalise que je me situe de l'autre côté de la mer, au bord d'une île des dom-tom belges. La montagne, enneigée au sommet, se transforme, à mesure que l'on descend vers la mer, en maquis. A son pied, des plages et une eau carribéenne.
Une photo apparaît tout à coup en médaillon, s'élevant au-dessus de l'île : c'est François Fillon, qui est ici en déplacement pour la campagne présidentielle, avec son équipe. Tiens, c'est marrant, justement je l'aime bien, François Fillon. J'aurais presque envie d'aller lui serrer la main, mais bon, ce n'est pas mon genre, je ne suis pas chasseur d'autographe dans l'âme.
Je me concentre alors sur ma descente. Ouhlà, ça va vite! Non, pas par là, je suis trop loin du chemin! Mes jambes frottent la cîme des arbres, et j'atterris finalement à terre. Je suis en mauvaise posture, puisque je réalise que je n'ai pas mes papiers... Je les ai laissés à Bruxelles, avant de m'attacher au train! Me voici à l'étranger sans papiers!
Quels sont ces bruits de discussions, au loin, se rapprochant ? Mais oui ! C'est François Fillon et son équipe, qui redescendent la montagne pour regagner la plage, où un moyen de transport les attend pour les ramener en métropole... Si je l'aborde, et que je lui explique que je suis un ressortissant français sans ses papiers, peut-être acceptera-t-il de me ramener avec lui dans son avion! Dois-je lui préciser que je suis un sympathisant ? Hmmm ça risque de faire opportuniste... Bon, je verrai quand je serai en face de lui. Il se rapproche, je risque de le louper! Il faut que j'attrape cette orange, en contrebas; si je n'arrive pas à attraper Fillon, il faut que j'aie de quoi manger...
Malheureusement, mon rêve s'étant arrêté là, je ne saurai jamais si je suis parvenu à rejoindre Bruxelles, et je ne saurai jamais ce que pense l'éleveuse/chasseuse d'autruches de la candidature à la présidentielle du maire de Bruxelles.
Donc voilà, si vous voulez faire de beaux rêves, pensez à la présidentielle! Enfin je tiens à rassurer les sympathisants de gauche: vous, il y a peu de chances que vous croisiez François Fillon... En revanche, une petite partie de chasse à l'éléphant rose avec Olivier Besancenot, ou une petite marche en forêt chinoise avec Ségolène... Dans tous les cas, quel que soit votre accompagnateur, ça risque d'être dangereux... Il va falloir faire preuve de bravitude.
29 novembre 2006
Si j'étais Miss France
Moi, pour Noël, je voudrais que tous les petits enfants de la Terre soient heureux, et que tous les papas et toutes les mamans s'aiment de tout leur coeur, et que les gens arrêtent d'être méchants les uns envers les autres - ah, attendez... Je crois bien que je me suis transformé en Miss France, l'espace d'un instant... Remarquez, c'était plutôt agréable. J'ai tout de suite senti mon potentiel.
Ah, comme dirait mon titre, si j'étais Miss France... Le regard des gens changerait sur moi : les hommes seraient tous courtois avec moi, les femmes me jalouseraient, au lieu de cette (au moins) apparente indifférence des jeunes femmes qui ont peur qu'on les drague, alors que c'est exactement ce que j'ai dans la tête...
Si j'étais Miss France, les voitures s'arrêteraient pour me laisser traverser, oui, même à Paris; les robes m'iraient toutes à ravir; je ferais honneur, grâce à mes origines normandes, mon ruban autour du tronc et mon oeil torve, à mes cousines les vaches; j'embrasserais la sensation de pouvoir en me délectant des effets instantanés sur les hommes d'un bref passage de ma main dans mes cheveux; je pourrais poser nue, égratignant l'institution, et pouvoir ainsi passer pour une révolutionnaire, tout en continuant à voter à droite; je pourrais me tenir debout sur la scène, pour adouber avec dignité celle qui me succédera, et être vétéran à 22 ans.
Tout cela serait possible si j'étais Miss France. Mais je pense que cela n'intéresse pas grand monde. Soyons sérieux un instant, et penchons-nous sur les vrais problèmes, ceux qui intéressent réellement les gens. Que pourrais-je faire si j'étais une porte ?
Oui, allez-y, riez. Inutile de vous cacher derrière vos claviers encrassés - inutile de nier, je SAIS que vous ne le nettoyez jamais - je vous vois. Eh bien vous avez tort. C'est vrai, comme ça, le destin d'une porte ne vous paraît pas aussi grand que celui d'un Elvis ou d'une Jeanne d'Arc. Mais à votre avis, à combien de premiers baisers Elvis a-t-il assisté ? A mon avis, pas plus d'un... Enfin... Bon, d'accord, sans compter les premiers émois buccaux de toutes les fans dont il s'est vraisemblablement abreuvé. Mais Jeanne d'Arc ! Hein ? Qu'est-ce que vous pouvez me rétorquer sur Jeanne d'Arc, hmm ? Oui, pas grand chose. Alors maintenant, arrêtez de pouffer en vous étouffant avec vos Curly, et écoutez-moi. En plus, des Curly à cette heure-ci, franchement, vous êtes immondes.
Etre une porte, cela peut être grand. On n'est pas forcément au premier rang de l'actualité, d'accord; ça, c'est seulement pour une minorité de planches : l'entrée de l'Elysée, Matignon, Roland Garros, l'ascenceur de la tour Eiffel... Mais la sphère de la célébrité ne concentre pas en elle toute l'intensité du monde. Ainsi, ce sont les portes de palier qui assistent aux plus grands drames comme aux plus grandes joies. Combien de disputes définitives, combien de déclarations d'amour éternelles se sont faites face à un bois sensible dont la peinture a pu s'écailler d'émotion ?
De plus, être une porte ne se réduit pas à se contenter de la passivité du témoin. Il y a plusieurs façons d'être porte. Râleuse, par exemple: à chaque fois que quelqu'un passe, Paf ! On couine. Colérique : au premier coup de vent, Vlan ! On claque. Ou au contraire, médiateur : quelqu'un dit une saleté sur sa femme, dans la pièce d'à côté ? On arrondit les angles, on fait en sorte que ça marche, et on atténue le bruit grâce à une bonne isolation. On peut aussi se sentir gardien, responsable, maître des lieux : en été, quand les gens partent en vacances et laissent leur appartement à la merci d'une inquiète solitude, on peut gonfler son bois avec la chaleur, se grandir, et ainsi rassurer les plinthes d'une caresse plus ferme, plus protectrice.
Le rôle d'une porte est un rôle pivot. Alors ne sous-estimez plus votre porte. Chérissez-la, remerciez-la. Elle vous semble fatiguée ? Repeignez-la, graissez-la ; elle vous dira merci à sa façon : lorsque vous la passerez pour rentrer chez vous, et que votre main l'aura effleurée avec une affection directrice, elle se refermera dans une discrète glissade, dans un cliquetis apaisant qui dira "bienvenue chez toi".
Moi, pour noël, je ne voudrais pas de porte, puisque j'en ai déjà une et qu'elle se vexerait que je la remplace, mais je tenais à reparler de noël, sans quoi on aurait pu me dire que ce texte n'avait ni queue ni tête. Nous voilà sauvés - personne n'a dit que la tête et la queue devaient appartenir au même animal, hein.
26 octobre 2006
La tortue, le hibou et le chêne
Un jour d'hiver, alors que les fontaines gêlent et que la Fontaine gêle aussi, encore que ce brave Jean ne doit plus sentir grand chose, tenez, je parie même qu'il se contrefiche du réchauffement climatique, dites donc, c'est rare, un artiste qui ne s'engage pas. Enfin bref.
Un jour d'hiver, Mme la tortue, comme tous les matins, faisait son footing d'entraînement pour le marathon de la forêt, qui se tenait tous les ans entre la rivière et le terrier de Mr Lapin. La pauvre bête, à bout de forces, décida de s'arrêter pour faire une pause, s'appuyant contre un tronc d'arbre.
"Ohlà ! s'exclama une voix affolée venant du ciel.
- Quel est ce cri ? fit la tortue, bleue d'une terreur surprise. Serait-ce l'être suprême ?
- Mais non, voyons ! Je suis Mr Hibou, Organe de protection des arbres. Vous venez de vous appuyez contre un Quercus Polycarpa, c'est-à-dire un chêne. Il fait partie des nouvelles espèces protégées, au même titre que l'Aesculus hippocastanum - le marronnier, l'Abies nordmanniana - le sapin, et le Pinus pinea - le pin.
- Dîtes donc, vous en connaissez, des mots savants !
- Attention, vous êtes en train de marcher dans une Nauseabus Defecus Clarabellum.
- Hein ?
- Une bouse de vache.
- Ah, merci, je n'avais pas vu. Alors, vous disiez ?
- Je suis de l'organe de protection des arbres.
- Ahahah, et de quel organe s'agit-il exactement ? Votre estomac ? Ou mieux... Votre... plume de reproduction ? Ah ah ah !
- Ne soyez pas ridicule ! Je ne vois pas en quoi je pourrais aider à la sauvegarde des espèces végétales avec ma plume, car je vous rappelle qu'étant moi-même animal, je ne peux pas m'adonner à la reproduction avec les chênes. Certes, il y a eu dernièrement des progrès dans le domaine de la génétique, mais nous sommes encore bien loin d'une telle prouesse technique, ainsi votre suggestion montre parfaitement l'étendue de votre ignorance.
- Euh... Vous savez, je plaisan-
- Laissez-moi terminer, petite sauvageonne ! Une plume... Vous êtes une insulte à votre espèce ! Chaque tortue sensée connaît le fonctionnement de l'organe de protection des arbres. Mais puisque, visiblement, vous n'êtes pas une tortue comme les autres - inutile de préciser davantage ma pensée -, je vais vous montrer comment on se sert de l'organe de protection des arbres.
- Très bien, allez-y."
Là-dessus, le hibou poussa un cri si puissant qu'il résonna dans toute la forêt. Aussitôt, la terre s'ébranla, les feuilles des arbres alentours bruissèrent et les branches s'agitèrent. Mme Tortue sentit bouger dans son dos l'arbre contre lequel elle s'était appuyée. Elle se retourna pour faire face à ce chêne, dont le tronc s'anima de traits pour le moins coléreux.
"Hmmmmfrrrooooor !! S'insurgea le chêne. C'est quoi ce bordel ?
- Holà, monsieur le chêne, fit M. Hibou.
- Ah ! C'est vous, oiseau de malheur ! Pourquoi avoir encore usé de votre insupportable organe pour me tirer de ma sieste ?
- Je vous rappelle qu'il est de mon devoir d'user de l'organe de protection des arbres lorsque votre intégrité physique est en danger, espèce de grosse larve pachydermique !
- Pfff ! "L'organe de protection des arbres"... Vous n'avez pas plus pompeux pour désigner vos cordes vocales ?
- Ah, fit la tortue, je comprends ! L'organe...
- Figurez-vous, dit l'arbre à la tortue tout en regardant le hibou droit dans les yeux, que Môssieur s'est auto-mandaté protecteur de mes fesses !
- Comment, auto-proclamé ?! s'exclama M. Hibou. Je vous signale que j'ai été désigné comme tel par la commission de régulation des usages forestiers !
- Présidée par vous-même et composée de scarabées et de fourmis à votre solde ! J'ai même entendu dire que vous aviez embrigadé de pauvres oisillons à peine capable de se nourrir tout seuls !
- Quelle que soit la mauvaise foi avec laquelle vous m'accusez, je vous signale que j'agis dans votre intérêt.
- En quoi me tirer de mon sommeil me rend service ? Figurez-vous que j''étais en plein milieu d'un rêve ! J'avais un super bouleau : j'étais palmier au Club Med !
- Eh bien, vous, figurez-vous que cette tortue que vous voyez là s'était impunément adossée à votre tronc pour se reposer !
- Oui, et ?
-Euh, ben rien, c'est tout ! Sur votre tronc, tout de même !
- Mais qu'est-ce que vous voulez que ça me foute ?! Je suis un CHENE ! Je suis grand, robuste, et ce n'est pas un petit machin encapsulé qui pourrait me causer du tort !
- Je vous signale que le rapport de la commission de protection de l'année dernière précise qu'une pression effectuée sur la base des végétaux peut affecter leur verticalité. Article 17, alinéa 3.
- Oui, pour les fougères, les rosiers, ce genre de conneries, mais pas pour un chêne !
- Ah, écoutez, ce n'est pas moi, c'est la commission qui le dit ! Regardez les choses en face et laissez-vous aider !
- Pfff, l'ennui avec ces organisations de protection, c'est quand elles se mettent à penser à votre place pour juger de ce qui est bon pour vous...
- Vous contestez ma compétence, c'est cela ?
- Et voilà l'aigreur personnelle qui rentre en jeu ! On aura eu droit à tout aujourd'hui ! Il faut dire que môssieur a été tellement démonté par son échec au casting de la Belle eu bois dormant, qu'il a besoin de s'affirmer comme il peut... Mais mon vieux, si vous n'êtes pas foutu de tenir une robe dans votre bec, c'est votre problème !
- Espèce de grand dadais !!
- Oui, je comprends que vous le preniez mal, surtout de la part d'un végétal capable de ne PAS foirer son casting...
- Mais oui, fit la tortue, je vous reconnais ! Je vous ai vu dans un film, vous parliez avec une voix caverneuse...
- Le Seigneur des anneaux, 2ème partie.
- C'est ça !!
- Bon, grogna le hibou, c'est fini, les Cahiers du Cinéma ?
- Dîtes-donc, hibou, fit la tortue d'un air perfide, il est tout de même étrange de voir un hibou entretenir des relations aussi conflictuelles avec un végétal qu'il regrettait il y a encore quelques minutes de ne pas pouvoir attirer dans un accouplement torride...
- Qu'est-ce que vous racontez, petite vipère ??
- Allez, ne faites pas l'innocent... Pourquoi nier vos propres sentiments ? Vous me parliez tout à l'heure avec enthousiasme des progrès de la génétique...
- On se fout de ma gueule, là, non ? menaça le chêne de sa voix Tolkienesque.
- Allons, ne l'écoutez pas, elle ne dit que des sottises !"
Là, le sang du chêne ne fit qu'un tour. Il se balança d'avant en arrière, agitant ses branches de façon terrifiante, en proclamant sur un ton de colère impériale :
"Tu vas me foutre le camp d'ici, espèce de dégénéré ! Ou mes potes du syndicat des arbres balèzes vont te tomber sur la gueule, et là, je te promets une forme d'orgie sanglante qui n'aura de jouissif que le son de tes cris face aux sévices qu'ils te feront subir !! Déguerpis, malappris !
- Ouais, s'enthousiasma la tortue, sautillant de toute sa légitimité d'alliée du grand végétal. Fous-moi le camp, espèce d'échec volant ! Va nus pieds ! Moule à gaufres ! Ectoplasme -
- Calme-toi, capitaine, il est loin maintenant, il n'entend plus.
- Hum, tu as raison. Ah ah ah, quand même, on l'a bien eu, ce petit chenapan.
- Ce galopin, tu peux même dire.
- Ouais !! Ah ah ah !
- Mais dis-moi une chose, petite tortue...
- Oui chef ?
- Qu'est-ce que tu foutais sur mon tronc exactement ?
- Ben, je faisais mon footing, comme tous les matins, pour battre le lièvre au marathon... Il frime tout le temps avec ses grandes jambes, son tonus, ses carottes, tout ça... Je lui péterais bien ses belles dents de devant, moi !
- Oui, oui, c'est très bien tout ça, mais qu'est-ce que mon tronc vient faire là-dedans ?
- Ah ! Eh bien, vois-tu, je galopais, je galopais, encore et encore... Au bout d'un bon décamètre -
- Un décamètre, c'est quoi ?
- Dix mètres.
- Ce n'est pas grand chose.
- Oui, bon, je suis une tortue, hein, alors merde.
- Oui ben moi je suis un arbre, je ne bouge pas tellement plus, et je trouve que c'est pas beaucoup.
- Evidemment ! Toi tu MESURES dix mètres !
- Bon, que s'est-il passé, au bout d'un décamètre ?
- Eh bien j'étais fatigué, alors j'ai décidé de m'appuyer sur ton tronc pour me reposer un peu.
- Comme ça ?
- Oui, très confortable, ton tronc. Par contre, la sève, quelle galère... C'est vachement collant ton truc ! C'est là que le hibou s'est pointé... Quel emmerdeur ! Je suis bien content que tu lui aies foutu la frousse comme ça ! Ah ah ah, de quoi faire dans son froc ! M'est avis qu'il doit pleuvoir sur les nids en ce moment, ah ah ah !
- Mais dis-moi, pourquoi avoir choisi mon tronc, au juste ? Aurais-tu remarqué un panneau "Aire de repos" quelque part, que je n'aurais jamais vu ?
- Euh...
- Non parce que tu comprends, c'est pas parce que tu vois un chêne qui dort à un endroit que ça transforme la zone en grand dortoir, où tout le monde peut venir piquer un roupillon... Imagine un type qui serait en train d'élaguer les arbres de son jardin... Il te viendrait à l'esprit de prendre une tronçonneuse et de couper des branches dans le coin, parce que ce serait la mode ?
- Euh...
- Non, je ne crois pas.
- Mais t'es venu me défendre face au hibou ! Je croyais qu'on était potes, moi !
- J'ai ouvert ma grande gueule parce que ce connard de hibou m'a réveillé. Et je suis toujours de mauvais poil quand on me réveille. D'ailleurs, tel que tu me vois, je ne suis pas encore très bien réveillé.
- On est pas potes ?
- Je ne vois pas d'où tu tiens que les chênes et les tortues sont potes. D'ailleurs permets-moi de saisir cette occasion pour rétablir une vérité contredite depuis bien longtemps, même dans les milieux civilisés. Tu sais, la sève, dont tu me "vantais" les propriétés adhésives, tout à l'heure ? Les gens pensent qu'il s'agit de notre sang. Pfff ! Quelle rigolade !
- Ah non ? Qu'est-ce que c'est alors ?
- Du sang de tortue."
25 septembre 2006
Un blog qui souffre
Ecoutez ce blog qui hurle sa souffrance :
"<meta name="GENERATOR" content="désespoir">
<meta name="ProgId" content="enviesdesuicide">
<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=windows-1252">
<title>New Page 1</title>
<meta name="dépression" content="l, default">
</head>"
Ca vous arrache pas le coeur, ça ? Hein ? Comment ça "non" ? Ah vous ne comprenez pas le langage HTML ? Mais il fallait me le dire ! N'empêche, faut vraiment vous mâcher tout le travail... Qu'est-ce que c'est que cette France qui n'aime plus travailler - GZZZZZZZZZFRRRRRRRRRRRRRR !!!
...je crois que cette succession de consonnes était le bruit des nicmosiens et carriebiens qui, sentant poindre le début d'un discours politique auquel ils savent qu'ils n'adhèrent guère, quittent ce blog...
Tu noteras, Carrie, que j'attribue une connotation positive à tes partisans, et non, ce n'est pas une façon de te draguer, enfin, comment faut-il que je te le dise, les dictateurs ne peuvent pas s'abaisser à sortir avec des roturières, aussi avatariennement demi-nues soient-elles, alors repose ce téléphone, tu n'as nul besoin d'appeler ton avocat pour me poursuivre dans le cadre d'un quelconque harcèlement sexuel, poursuite qui me vaudrait néanmoins un certain respect de la part de certaines tribus - je pense notamment à celle des Bitambwa, dont beaucoup ont émigré vers la France pour s'implanter dans nos entreprises, entre les machines à café et les photocopieuses. Mais là n'est pas le sujet.
Mon blog souffre, et je m'en vais donc vous traduire sa complainte :
"Uhhhh, uhhhhh (râle s'apparentant à celui d'un cocaïnomane en manque).. Des visites... Des visites !! Je... Peux plus... Mais qu'est-ce qui m'a mis un webmaster pareil ?? Un texte tous les 10 jours, qui plus est interminable, impossible à lire pour qui n'a pas un cerveau labyrinthique et des yeux en titane, qui parle tantôt de politique, tantôt de prise de tête métaphysique... Des citations si brillantes ou si ineptes qu'on n'arrive pas à croire qu'elles sont originales... Et pas une photo de cul ! Pas une ! Non mais je vous jure... D'accord, il y a bien un peu de sang en page d'accueil, sur le logo. Mais bon, un gamin qui saigne un peu n'a jamais cassé trois pattes à un canard ! Et ce n'est certainement pas ça qui va améliorer mes statistiques... J'en peux plus... Je me meurs... Je veux des visites ! J'en ai besoin !!"
C'est moche, hein ? Oh je sais ce que vous pensez. Vous vous dîtes "Mais quel affreux jojo, ce Slobo ! Comment un blog peut-il être aussi désespéré sans que son auteur y fasse quoi que ce soit ?"
Laissez-moi vous dire, tout d'abord, que l'expression "affreux jojo" est d'une mollesse déprimante, aussi je vous encourage à trouver au plus vite un moyen d'exprimer votre véhémence de façon un peu plus ferme, car vous pourriez, lors des prochains jours, au cours d'un débat mondain, perdre toute crédibilité à employer de tels mots, sauf à provoquer à cet instant précis la distraction de votre interlocuteur grâce à l'apparition fugace d'un sein. Evidemment, dans tous les cas, si vous êtes un homme, vous l'avez dans le cul, ce qui vous conférera au moins une plus grande connaissance de la condition féminine dans une certaine configuration souvent subie mais pas toujours souhaitée par l'intéressée.
Ensuite, je me permets de vous dire que les cris les plus sonores ne sont pas forcément les plus intenses. L'abeille à qui le garnement, frustré de ne pas avoir le droit de regarder le Club Dorothée (oui, nous sommes en 1992, et alors ? Pas de pitié pour les croissants, merde !), arrache méticuleusement et l'une après l'autre les ailes, tout en observant, amusé, l'agitation frénétique et pourtant bien inutile des pattes de la pauvre bête, ne souffre-t-elle pas plus que le vieux lion fatigué poussant un grognement de lassitude face à la faim qui le tenaille alors qu'il voit s'éloigner la gazelle que la paresse du gros pataud empêche de poursuivre ? Que si ! Seulement voilà, l'abeille souffre en silence, et le lion est d'une nature râleuse (les sympathisants de gauche noteront ma délicatesse de ne pas élaborer de métaphore à base de syndicalistes manifestant bruyamment deux fois par mois sous mes fenêtres, et pourtant Dieu sait si cela ma donne mal à la tête, ceci dit, Dieu s'en fout et vous aussi, alors passons au reste de l'actualité, avec Josiane Athème, qui est en direct de l'Assemblée Nationale. Josiane ? Allô, Josiane ? Ah, il semble qu'il y ait un problème de liaison avec Josiane... Il faut dire que son mari ne la satisfait plus depuis de nombreuses années... Josiane ? Toujours rien... Remarquez, je le comprends, le mari de Josiane, le pauvre ; elle ferait débander une voile de trimaran en plein Cap Horn ! Toujours personne à l'assemblée ? Bon, de toutes façons, ce n'est pas grave, puisque LA grosse info du jour n'est pas le fait que des cornes de plus en plus grandes apparaissent sur le crâne de Josiane, ce qui ne risque pas de l'enlaidir, remarquez, mais bel et bien le fait que le blog de Slobodan est en pleine dépression. Alors passons).
Bref, à part vous abreuver de métaphores compliquées, que suis-je en train d'essayer de vous faire comprendre ? Du pouvoir somnifère des mots ? Oui, certes. Mais surtout du fait que, si mon blog souffre, il n'est pas le seul. Oui, vos voix outrées ne s'élèvent qu'ici, portées par le bruit assourdissant et insupportables du cri HTML que j'ai bien voulu traduire plus haut. Mais pensez aux blogs qui restent sans porte-voix ! Ainsi, sans webmaster ouvert comme je le suis, bien des skyblogs souffrent en silence de l'abondance de K et de é, pourtant pas aussi nombreux dans la langue française que semblent le croire les auditeurs potentiels de Skyrock... Pensez à ces pauvres blogs qui ne demandent rien à personne, et qui sont obligés d'afficher contre leur gré des photos trafiquées de Britney Spears seins nus ! Ne pensez-vous pas que ces blogs-là souffrent plus que le mien ? Hmm ? Je pense bien que si ! Alors, qu'avez-vous à répondre à ça ?
"Affreux jojo" ?
Pfff... Vous êtes vraiment nuls !
24 août 2006
Gentleman à mi-temps
Il y a une chose qui me fait s'entrechoquer les globes que j'ai de plus fertiles de façon très douloureuse. Bon, en réalité, il y en a plusieurs, j'irai même jusqu'à dire tout un tas; quand je dis qu'il y a UNE chose, je ne sous-entend pas pour autant qu'il n'y en a pas d'autres, mais cela, les moins LCR d'entre vous l'auront compris. Enfin bref.
Quelle est donc cette chose qui, le matin comme le soir, peut provoquer cet étrange phénomène, inoffensif pour la descendance de sa victime, malgré son appellation première, à savoir le cassage de couilles ? Je m'en vais de suite vous le dire - non, je ne m'apprête pas à vous abandonner pour quelque podium sonorisé afin de prononcer de façon plus intelligible les mots que je vous ai promis. Quand je dis que je m'en vais vous le dire, régime de bananes, je ne vais qu'à un seul endroit, c'est-à-dire le paragraphe du dessous.
Voilà, nous y sommes. Vous êtes prêts ? Moi, pas trop, figurez-vous. Comprenez-moi : au point où nous en sommes, quel que soit le propos dont vos oreilles vont être témoin, il risque de vous paraître bien fade en comparaison avec cette étonnante introduction, écrin étouffant pour tout bijou sémantique, aussi brillant soit-il. Aussi, avant de lâcher ce qui n'est en rien une bombe - tout au plus un pétard, et encore, au moment où j'écris ces lignes, il aurait bien du mal à faire du bruit compte tenu de l'humidité ambiante - , avant cela, donc, il convient de jeter quelque discrédit sur l'introduction susnommée, en vous rappelant ou en vous convainquant, c'est selon, qu'elle n'est ni drôle ni intéressante; et que, à l'inverse, le propos qui vient maintenant est particulièrement formidable. Vous dorrrmez. Vous avez hâââte d'entendre mon propos. Et vous savez d'ores et déjà qu'il s'agira là d'une information si capitale qu'elle vous obligera à faire sonner le téléphone rouge d'Europe 1 pour la faire se répandre comme une traînée de poudre. Voilà, maintenant nous sommes tous prêts.
Il y a une chose qui me brise les couilles, donc, c'est ce moment où, alors que vous revenez dans votre quartier de quelque périple exténuant loin de chez vous, jambes lourdes ne rêvant que de faire l'amour à votre canapé, et langue pendante prête à donner un orgasme à la citronnade qui baignera bientôt dans votre verre, à ce moment où vous passez le portique de sortie du métro, vous voyez, devant vous, à une quinzaine de mètres, une gentille dame qui décide de vous retenir la porte de la station. Simplement parce qu'elle a été prise d'une soudaine et rare pulsion d'altruisme, dont elle se gargarise en attendant, impatiente, que vous lui décochiez de votre sourire le plus reconnaissant un "merci" aussi théâtral que s'il avait émané de la bouche d'un alpiniste ayant frôlé la chute mortelle, seulement retenu d'une main par son instructeur.
Ce qu'elle ne sait pas, cette grosse vache, c'est que je suis crevé, moi, et que je n'ai aucune, mais alors vraiment aucune envie de me dépêcher pour parcourir les quinze mètres qui me séparent de sa gueule bienveillante de quoi je me mêle. Seulement voilà, si je n'accélère pas le pas pour rattraper la porte offerte par cette dame, et lui permettre ainsi de reprendre le cours normal de sa vie, je lui ferai perdre du temps et passerai ainsi pour un malpoli. Je marche au pas depuis une demi-heure pour récupérer de ma journée harassante, je n'ai aucune échéance, aucune raison de me dépêcher, mes tâches du jour sont terminées. Je n'ai plus qu'une seule perspective, celle de m'affaler sur mon canapé, près de la télécommande, et de décider de la suite de ma vie dans un délai dont je jugerai seul de la pertinence.
Sauf que non. Madame, que ne je connais d'ailleurs ni d'Eve, ni d'Adam, a décidé de se mettre en mode générosité, et par cette seule décision, je dois faire moi aussi preuve d'élégance, alors que je n'en ai aucune envie. C'est ce qu'on appelle de l'altruisme forcé.
Le pire, c'est que le héros de l'histoire, celui auquel on tirera son chapeau dans un geste de déférence admirative, ce sera elle ! Et pour quoi ? Pour avoir simplement suivi son envie du moment, en l'occurrence celle de jouer aux gens bons blancs, jeu inventé, dois-je vous le rappeler ? par le vicomte Fleury-Aoste de Michon, dans la banlieue de Madrange.
Mais ce n'est pas compliqué de suivre ses envies ! Ce qui l'est bien davantage, c'est de se forcer pour adopter une démarche dont l'on ne voulait pas en première intention. C'est ce que j'ai fait. Et qu'est-ce que je récolte pour un tel effort ? L'étiquette du grossier personnage imbibé d'ingratitude, car tout de même, "je lui retiens la porte, il pourrait me faire un petit sourire, cet espèce de mal élevé. Pff, on est bien à Paris, tiens."
16 août 2006
Ouiiiiiiiiiiiiii
Oh, je V pas bien aujourd'hui ! G pas bi1 dormi... Mais cé pa grav parce que mon loulou je le vois ce soir !! Ouiiiiiii !!! On va au ciné, ou alors on va louer Alias saison 4. GspR k'ils lont, passke la semain dernière, il lavaient pas les salo !!!! Oh tro la galère, on a du loué Toy Story. Jlavais déja vu 5 fois, tro la galère, mais c pas grav, il est tro ce film !!!
Sur ceux a+ les zamis !
PS : Bibine, t'es trop cool !!! mdr
... Euh... TARTE A L'OIGNON ! ...euh... QU'ON LEUR COUPE LA TETE ! ...euh...
Ouhlàlà... Mince ! Vous êtes là ? Flûte ! Je crois que je viens de faire une crise, là. Oui, parce que bon, je ne vous l'ai pas encore dit, et d'ailleurs j'espérais ne pas avoir à vous le dire, mais maintenant que vous avez été témoin de cet épisode, je n'ai plus trop le choix.
Voilà : je souffre de schizophrénie. J'ai environ 80 personnalités. Dont, en vrac, un grand chef de palace parisien, un empereur romain, un clochard russe lauréat du Loto et, donc, une collégienne de 14 ans. Ce n'est évidemment pas très commode, surtout lorsque je me retrouve dans la tribune impériale du cirque. Une fois, lors d'un combat de gladiateurs, alors que la foule avait fait silence pour m'entendre donner ma décision sur le sort du dernier gladiateur, je fus pris d'une nouvelle crise. C'est ainsi que le pauvre Caius Rattlebus s'est retrouvé fourré à la confiture d'abricot et envoyé vers la chambre 212, et plus vite que ça, Madonna n'attend pas. Evidemment, le centurion chargé d'apporter le plat à la vedette n'a pas trouvé la chambre à temps, puisqu'il aurait fallu attendre 2000 ans que le palace soit construit. Résultat, quand Madonna a enfin eu son suprème de gladiateur dans son assiette, il s'était gâté. Je ne vous raconte pas les conséquences sur la réputation de l'établissement.
Et que dire, que dire de cette fois où, alors que j'étais en train de donner les consignes aux serveurs du restaurant, j'eus soudainement envie de crier l'intégrale d'Avril Lavigne en me roulant sur mon lit, portée par l'ivresse de l'Orangina light ? Les clients s'en souviennent encore. Voir une ado aux bras poilus ravager votre table dans un accès de colère pop-rock, envoyant ainsi valdinguer à l'autre bout de la pièce l'assiette de foie gras que vous aviez à peine eu le temps d'entamer, c'est traumatisant. Surtout quand, comme moi, vous n'avez pas l'habitude de vous payer des vacances au palace, pour la simple et bonne raison que vous n'aviez autrefois pas les moyens. Ainsi, vous avez beau essayer de changer de milieu social dès que vous en avez l'occasion, dès que vous avez gagné au loto, eh bien, quand vous retrouvez sur le costume que vous venez d'acheter, le premier en huit ans, depuis votre licenciement, un faux ongle peint en noir et un gros collier de fausses perles mélangé au caviar qu'on vous avait apporté quelques minutes plus tôt, croyez-moi, dans ces moments-là, on regrette les soirées tranquilles sous les ponts.
Tenez, c'est bien simple, ça m'en ferait presque oublier cette terrible journée qui m'a vu jeter mon compagnon d'infortune de toujours, Sergeï, aux lions, parce qu'il avait trop salé le petit salé d'Elton John. Ami ou pas ami, je regrette, un petit salé, c'est déjà assez salé comme ça, sans parler de l'addition. Et puis il n'avait qu'à pas me piquer Jonathan d'abord. On avait fait un serment d'amitié avec notre salive sur un poster de Charmed, quoi ! Total, je suis allée à la boum toute seule !!
C'est tro la galère !!
26 juillet 2006
Alex Sandrin
Il était un homme appelé Alex Sandrin,
Qui n'avait jamais pensé finir en quatrain,
Mais ceci n'est pas un quatrain... ça tombe bien.
En effet vous y êtes peut-être habitués,
Et cela risque fort de vraiment vous saoûler,
Mais je vais, une fois encore, m'éterniser.
Alors que l'Alex axait sa vie sur l'action,
Dans le domaine de ces films du même nom,
On le traita de Schwarzenegger en haillons.
Il abandonna donc, abattu, bras ballants,
Son envie de briller ainsi sur grand écran,
Malgré les encouragements de sa maman.
Attristé, dévasté par telle désillusion,
Il se remit vite en tête une ambition :
S'ériger un jour dirigeant d'une nation.
Mais alors qu'il avait acheté la Floride,
Afin qu'aucun recomptage un jour ne le bride,
On le traita de Schwarzenegger apatride.
Car sans être un grand autrichien il est vrai,
Il était quand même ennuyeux qu'il fut français;
Bien sûr, qu'il ne fut américain suffisait !
Il réfléchit un court instant à une idée,
Celle de trois tonnes de fonte soulever,
Pour sur les podiums terminer homme musclé...
Mais là, il fut malin, sacré Alex Sandrin ;
Il anticipa la critique de chacun,
En disant "oh que non", il n'en sera rien !
En effet il se souvint d'un autre passé
Du grand autrichien vraiment très barraqué...
Dur de sa voie trouver quand on est fils caché !