Slobodan le gentil dictateur

Blog de Slobodan le gentil dictateur. Rire. Humour. Pensées intelligentes. Jeux de mots très douteux.

18 mai 2007

Partis S'couchés

Oui, je sais: depuis quelques mois, je ne suis plus très drôle. Pendant longtemps j'ai résisté à évoquer la politique sur mon blog, tant le sujet est clivant, et risque de me couper d'une bonne moitié des internautes. Mais soyons franc, face à tant de mauvaise foi / connerie (rayez la mention inutile selon les cas) de la part de beaucoup de mes adversaires d'idée, je ne suis pas parvenu à rester muet.

Enfin voilà, maintenant c'est fini. Mon favori est élu, les petites phrases fielleuses de Hollande n'ont plus d'importance. Plus besoin de trembler à chaque fois que Sarko ouvre la bouche, en se demandant s'il n'a pas offert une occasion au PS de déformer une nouvelle phrase qu'il n'aurait pas assez précisée.

Ouf, fini. Hmmm ? Comment ? Les ...?
Oh putain, c'est vrai !! Les législatives !!
Mais nom de nom, quand vais-je enfin pouvoir me remettre à écrire des textes rigolos et apolitiques ?

Bon... On y retourne alors. Mais pas longtemps, c'est promis.

NOS AMIS DU PS

Le PS est dans une panade idéologique à peu près totale. Il hésite entre deux postures :

A - celle qui est la sienne depuis 1980 (discours généraliste montant les pauvres contre les riches, et alliance afférente avec le PC et les Verts), (attitude Hollande/Mélenchon/Fabius)

B - celle des autres socialistes européens (abandon de l'utopie communiste, acceptation d'une économie de marché régulée, bref décalage vers le centre). (attitude Strauss-Kahn/...peut-être Royal, on ne sait pas encore, ce serait pas mal qu'elle dise ce qu'elle pense un de ces quatre, plutôt que de critiquer ce que pensent les autres)

Mon avis : en sachant l'état des PS européens, qui sont tous des démocrates sociaux façon Strauss Kahn, et en voyant que le socialiste Blair est pote avec Sarkozy, il me paraît impossible que Hollande et Fabius puissent penser sincèrement que la bonne marche idéologique se situe à leur gauche plutôt qu'à leur droite. Je crois ces deux-là en revanche convaincus du bien-fondé électoraliste de leur position. Le pire, c'est que je suis de leur avis : si le PS veut exister dans l'opposition frontale, et non comme un partenaire de discussion du gouvernement de droite, ils sont obligés de forcer le trait, et de continuer de prôner l'opposition pauvres / riches de l'extrême gauche.
Pourquoi ? Tout simplement parce que si les socialistes se mettent à ressembler à Blair ou à Zappatero... Ils se retrouveront tout proches de Sarkozy, et il leur deviendra très difficile de continuer de traiter leurs adversaires de droite comme les pires de tous.

Car disons les choses comme elles sont : en France, tout notre spectre politique est décalé vers la gauche. Notre droite équivaut à la gauche américaine et britannique. Dans les autres pays développés, notre gauche n'existerait pas... Je parle de notre gauche économique (notre gauche morale est surpassée sur sa gauche par les Pays-Bas, qui sont toujours les premiers à légaliser les choses, mais c'est autre débat). La vérité, c'est que Sarkozy serait un démocrate aux USA, et un travailliste en Angleterre. Les socialistes sont donc condamnés à tenir un discours d'extrême gauche pour exister.

Ainsi, le PS refuse à tout rompre d'être associés de près ou de loin au gouvernement. Ainsi, ils ont exclu Bernard Kouchner et Eric Besson à la minute où ils ont cessés de soutenir leur parti. C'est certes logique, mais en l'occurrence, cela s'inscrit dans une démarche d'opposition systématique à leurs adversaires, comme ils le font depuis 5 ans. A une exception près : la guerre en Irak, qui a vu se former un consensus contre elle. Mais là, le PS n'avait vraiment pas le choix -  et pour cause: une telle opposition à la posture chiraquienne aurait mécontenté ses supporters d'extrême gauche, pacifistes par principe, qui constituent le seul point d'ancrage idéologique leur permettant de se démarquer encore de la droite.

La stratégie d'opposition systématique du PS a montré les limites de son efficacité pendant la campagne,  quand Ségolène Royal a proposé une loi sur la protection des femmes battues... déjà votée par la droite à l'Assemblée Nationale, et qu'elle avait omis de voter. Oups.

Pour moi, c'est clair: Hollande et Fabius ont pris le parti de mentir à leurs militants. Ils ne pensent pas ce qu'ils disent. Hollande ne déteste pas les riches, contrairement à ce qu'il dit. Il a deux appartements et une maison. S'il ne se déteste pas, alors où sont les riches ? Ils savent que leur discours ne correspond pas à leur pensée, mais ils le maintiennent, car s'ils ne se placent pas clairement à gauche de la droite, où pourraient-ils se placer ?

Mélénchon, c'est autre chose. Lui, je le crois honnête. Lui n'aime pas les riches par principe. Mélenchon se trouve être précisément ce que Hollande et Fabius prétendent être: un type un peu benêt qui ne comprend pas l'économie, et que la générosité intestine empêche de voir les réalités des évolutions du monde. Moi, je trouve que sa connerie est cent fois plus respectable que la mauvaise foi des deux autres.

Strauss-Kahn, lui, est sincère. Voilà des années qu'il fait tout ce qu'il peut pour amener le PS à évoluer vers un socialisme plus proche des autres socialismes de notre continent, c'est à dire vers ce qu'on appelle la Social-démocratie. Seulement voilà, comme beaucoup de personnes honnêtes, il risque de n'arriver à rien. La majorité des électeurs sont plus binaires que lui; sans opposition claire au projet de droite, il n'a aucune chance. Problème: la différence entre son projet et celui de Sarkozy n'est pas flagrante.

Un pote me dit souvent : "Strauss-Kahn, je me demande ce qu'il fout à gauche". C'est une phrase qui suppose que l'on considère que la gauche doit rester dans ses archaïsmes économiques pour exister. Moi, ça m'arrangerait: ça me permettrait de continuer à considérer le PS comme les mauvais de l'échiquier politique. Mais pour la France... Je préférerais que Strauss-Kahn reste au PS et qu'il le fasse évoluer.

Que va choisir de faire le PS ? Garder sa ligne, et continuer de faire croire aux français qu'on peut dire merde au monde entier comme on a pu le faire avant la mondialisation? Ou se défaire des dogmes issus du communisme pour épouser, comme les autres PS, une économie de marché contrôlée affichée, et ainsi signer son arrêt de mort en avouant son inutilité dans notre pays, en présence d'une droite qui est déjà interventionniste ?

La réponse est dans la question.

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06 mai 2007

Un petit Cachan d'aspirine ?

La Ligue des Droits de l'homme appelle à voter contre Sarkozy. Certains seront tentés de penser que si la ligue des droits de l'homme dit que Sarkozy n'est pas gentil, c'est qu'il ne doit pas respecter les droits de l'homme. Ce serait vrai si cette association n'était pas une organisation politisée. Or, l'une des raisons évoquée par l'assoce pour appeler à voter contre lui est sa gestion de l'évacuation du squat de Cachan.

Résumons-nous : suite à une décision de justice (si Sarko ne l'avait pas appliquée, on l'aurait taxé de vouloir attenter à la séparation des pouvoirs, hein), il a fait évacuer le squat. Après, il fallait décider du sort des évacués. Plutôt que de renvoyer tous les sans-papiers dans leur pays d'origine - ce que la loi l'autorisait à faire -, Sarko a opté pour une révision de chaque dossier au cas par cas. En attendant l'examen du dernier dossier, il a proposé un relogement provisoire à chaque sans-papier dans un hotel.

Là-dessus, la ligue des droits de l'homme, ainsi que le réseau Education Sans Frontières, interviennent sur place pour inciter les squatteurs à ne pas accepter les relogements provisoires... Mais à exiger des logements pérennes. Et pour cause: ces deux organisations sont favorables à la régularisation sans conditions de tous les sans-papiers.

LE GYMNASE

Résultat: les squatteurs, encouragés par les assoces en question, sont restés à Cachan dans des conditions pas possibles, alors qu'ils auraient pu  attendre tranquillement à l'hôtel. Les évacués se sont donc entreposés dans un gymnase, mis à disposition par un maire de gauche, clamant qu'aucune solution de relogement n'avait été proposée. Les images de ce gymnase surpeuplé et insalubre ont fait le tour des télés, notamment grâce à certaines vedettes dont Josiane Balasko, qui habite dans mon quartier d'ailleurs, mais ça tout le monde s'en fout.

Si on se résume : on a mis sur le dos de Sarkozy la situation inhumaine d'immigrés clandestins, venus sur notre territoire en attendant une régularisation que leur avait laissé espérer les trois précédentes régularisations globales effectuées par les gouvernements socialistes, et maintenus dans des conditions d'insalubrité par des associations politisées et par un maire de gauche.

Sans l'intervention de ces association, la gestion de l'évacuation se serait passée sans heurt. Mais les assoces avaient un but politique: la régularisation globale. Avoir un but politique, c'est très bien. Se servir de la misère des autres pour ses propres convictions, c'est moche.

Les assoces n'ont pas eu gain de cause; il y a eu quelque chose comme 6000 régularisations. Et comme Sarko n'a pas changé de position sur les régularisations, la ligue appelle à voter contre lui. Je ne vois vraiment pas en quoi c'est un scoop, tout cela est très logique.

Logique ? Un peu moins depuis une semaine, puisqu'après avoir dit sur "A vous de juger" qu'elle était opposée à la régularisation globale, et après avoir dit que tous les parents d'écoliers sans-papiers devaient être régularisés, Ségolène a finalement déclaré pendant le débat que finalement, elle était pour la régularisation des parents au cas par cas... C'est-à-dire exactement la même position que ton Sarkozy bien aimé. Ceci dit, peut-être que la ligue des droits de l'homme se dit "après tout, elle déjà changé d'avis, peut-être que ce n'est pas fini." Tiens, c'est marrant, ça, je suis d'accord avec la ligue des droits de l'homme.

Ne nous y trompons pas: ces deux assoces, comme SOS Racisme, sont des associations politisées à gauche, avec des enseignes savamment composées pour laisser croire à une neutralité conférée par des grands principes d'humanisme universels. Harlem Désir, anciennement à la tête de SOS Racisme, est inscrit au PS. Tant que j'y suis, Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, est membre du bureau politique du PC. C'est marrant, tout le monde accuse Sarkozy d'avoir des amis dans les médias, mais tout le monde se fout que la gauche ait des amis chez les organisations qui se réclament indépendantes. Y aurait-il deux poids, deux mesures, ou je vois le mal partout?

Posté par Slobodan à 01:32 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mai 2007

Petit guide de la Sarko-haine

Ah! Que de haine déversée dans nos sillons, bientôt abreuvés par les larmes des soutiens du ou de la perdant(e) de l'élection présidentielle.

Dimanche, au soir du 1er tour, me voilà devant "On n'est pas couchés", l'émission de Fogiel sur M6. On y retrouve un rappeur répondant au doux nom de Rost. Je ne sais pas pourquoi, mais un pressentiment me souffle qu'il ne va pas soutenir Sarkozy. Je suis bien en dessous de la vérité... Il ne se contente pas de ne pas soutenir Sarkozy; il déverse toute la haine que ce bonhomme lui inspire. Petite citation - il faut imaginer le mec très très remonté, plus agressif qu'un Hitler haranguant la foule :

"Moi je vais pas voter pour un type qui nous traite de merde à nettoyer au Kärcher !"

"C'est quand même extraordinaire", dirait Nicolas... Canteloup. Que les choses soient bien claires entre nous : si j'étais noir, et que l'homme politique Robert X me traitait de merde à nettoyer au Kärcher, je serai sans doute très très énervé - enfin... Ayant sans doute moins de testostérone que Rost, je n'aurais sans doute pas eu la même violence d'attitude (il fallait le voir, le bougre! Brrr, il aurait fait peur à Francis Heaulme). Mais j'aurais été tout à fait légitime à avoir l'attitude de Rost à l'égard de Robert X.

Quand dira-t-on une bonne fois pour toutes que toute cette agressivité anti-Sarko est un immense malentendu ?

Sur quoi repose cette agressivité ? Sa politique ? Ok, résumons ce qui pourrait poser problème dans ses décisions :

- Régularisation au cas par cas des clandestins de Cachan, refusant à la fois la régularisation sans conditions et l'expulsion systématique (dont je viens d'apprendre en écoutant Ségo chez Arlette Chabot qu'elle était pour le même système que Sarko, soit dit en passant... Mais elle peut encore changer d'avis; accordé, elle l'a déjà fait)
- Instauration des radars automatiques
- Création du Conseil Français du Culte Musulman,
- suppression de la police de proximité Jospin, alors en activité de 8h à 17h, et dont il conteste l'efficacité, pour réassigner les ressources humaines sur les investigations et les interpellations, laissant les animations aux associations (et dont il n'est pas responsable du financement, contrairement à ce qu'on dit)
- création des Groupes d'Intervention Renforcés, regroupant ponctuellement des membres des différentes agences d'investigation pour lutter contre le crime organisé dans le cadre de certaines affaires.
- création d'un fichier d'empreintes génétiques de suspects dans des affaires criminelles, comme en Angleterre. But affiché: passer d'une culture de l'aveu à celle de la preuve, et ainsi décourager les abus de garde à vue.

Voilà, pour ce qui est des mesures phares, on a à peu près fait le tour. On a là des mesures qui peuvent plaire ou déplaire; mais y a-t-il là-dedans quoi que ce soit qui puisse légitimement pousser quiconque à penser que Nicolas Sarkozy est un affreux fasciste ? Il ne me semble pas.

Que reste-t-il alors pour expliquer ce sentiment de haine particulièrement violente à l'égard de Sarkozy ? Si ce n'est pas à cause de ce qu'il a fait, c'est sans doute à cause de quelque chose qu'il a dit. Et quand on écoute ses opposants, on en a la confirmation. Voici, il me semble, les propos ou positions qu'on lui reproche:

A - Avoir traité les habitants de banlieue de "racailles".

B - Avoir déclaré vouloir nettoyer les banlieues des noirs et des arabes au Kärcher.

C - S'être déclaré favorable à la guerre en Irak.

D - S'être exprimé en faveur de l'immigration choisie, qui consiste à piller les élites des pays défavorisés pour le bénéfice de la France.

E - Vouloir concentrer tous les pouvoirs entre ses mains.

F - Etre favorable au retour de la peine de mort.

G - Avoir déclaré que l'on naît pédophile, et qu'il faut donc faire une sélection génétique dès la naissance, comme dans Bienvenue à Gattaca.

En effet, quand on lit tout ça, on se dit "brrr, quel affreux jojo ce Sarko! Il ne faut absolument pas qu'il passe; Tout sauf Sarko! Allez, peu importe ce que pense Ségolène, ce sera toujours moins grave que ce que pense Sarko."

Le problème, c'est que les points A à G ne sont PAS des déclarations de Nicolas Sarkozy. C'est une version des propos de Sarko passés au logiciel socialiste. Un logiciel de désinformation à laquelle participait Eric Besson, secrétaire national du PS, il y a encore trois mois... jusqu'à ce que cet Eric Besson en ait marre de caricaturer le bonhomme et finisse, dégoûté par tant de mauvaise foi, par passer dans le camp adverse. Son récit, instructif, est à lire en partie sur son site http://www.ericbesson.fr/

Il me semble que ce sont principalement ces postulats A à G qui provoquent la haine anti-Sarko. Et pourtant, rien n'est vrai. Ni le A, ni le G, ni les autres.

Je vais donc vous livrer les versions factuelles de ces propos, c'est-à-dire avant leur passage à la moulinette de la redoutable désinformation/diabolisation socialiste (qu'Eric Besson dénonce aujourd'hui comme une stratégie délibérée au PS!) :

A - LES RACAILLES

En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, décide de se rendre sur la dalle d'Argenteuil, l'un des coins les plus "chauds" de la banlieue parisienne, en pleine nuit, dans le but de montrer qu'aucun cm² de la République ne peut être confisqué par les bandes. A peine descendu de voiture, des centaines de... types (on ne sait même plus comment les appeler de peur d'être taxé de fascistes) se réunissent pour engager une bagarre générale avec la police. La Police emmène Sarkozy au commissariat le temps que les échauffourées se calment. Plusieurs heures plus tard, il en ressort pour se diriger vers les tours d'habitation. Sur le chemin, des centaines de types jettent bouteilles, canettes, insultes et crachats sur le cortège qu'il constitue avec les policiers assurant sa protection. Toute cette agitation a produit beaucoup de vacarme, qui a attiré tous les habitants des tours à leurs fenêtres.
Arrivé en bas de l'une de ces tours, Sarkozy voit apparaître, au premier étage (les journalistes présents l'ont depuis maintes fois confirmé), une habitante, en l'occurrence maghrébine. Elle l'interpelle :

"Monsieur Sarkozy! Quand est-ce que vous allez nous débarasser de cette racaille ?"

Sarkozy, se sachant filmé, et sachant que les caméras sont braquées sur lui et non sur la femme en question, décide de reprendre une partie de la question, sans doute pour que sa réponse soit intelligible pour les futurs téléspectateurs. Il répond donc :

"Vous en avez marre de cette bande de racailles ? Eh ben on va vous en débarrasser."

Pourquoi je précise que l'habitante est maghrébine? Pour bien montrer qu'on ne peut pas l'accuser d'avoir tenu un propos raciste; ce ne sont évidemment pas les arabes qu'elle traite de racaille; ce sont les 200 connards qui se sont bagarrés avec les flics et caillassé Sarko depuis des heures.

Le lendemain, François Hollande, bientôt suivi par ses camarades du PS, puis par l'ensemble de la gauche, déclare en substance : un ministre de l'intérieur ne doit pas employer de tels mots pour qualifier une partie de notre population sous prétexte qu'elle habite la banlieue. Dès lors, de "Madame la banlieusarde, on va vous débarasser de la racaille que constituent ces lanceurs de bouteille, de crachats et d'insultes", on passe à "les habitants de banlieue sont des racailles." Déformation volontaire et malhonnête.

Quelques mois plus tard surviennent les émeutes de banlieue, que François Hollande mettra sur le compte des déclarations de Sarkozy, qui auraient enflammé les banlieues. Si l'on considère que c'est effectivement cette phrase qui est responsable de novembre 2005, alors c'est à lui-même que François Hollande doit s'en plaindre d'avoir déformé une phrase du ministre de l'intérieur. C'est grave, très grave; si Hollande arrive encore à bien dormir face à sa conscience, c'est sans doute un peu grâce à Sarkozy, puisqu'aucun mort n'a été à déplorer au cours des émeutes. Je ne sais pas si le secrétaire général du PS se sentirait aussi bien si sa désinformation avait coûté la mort à un émeutier ou à un flic... Mais ne soyons pas d'aussi mauvaise foi que lui: les émeutes ont évidemment davantage à voir avec la mort des deux gamins dans le compteur EDF à la veille des émeutes qu'avec une phrase prononcée plusieurs mois plus tôt.

B - LE KARCHER

On a ici quasiment le même cas de figure que l'histoire des "racailles". En visite dans un quartier chaud, Sarkozy se rend dans une barre d'habitation. L'endroit est miteux, tagué de partout. Il respire le trafic. Au cours de sa visite, une famille maghrébine lui demande : regardez, c'est sale, il faut nettoyer. Y a des tags, y a de la drogue, il faut nous nettoyer tout ça! Discours qui lui est tenu pendant tout son séjour dans cet immeuble.

De retour en bas de l'immeuble, il déclare à la presse, solennel : "On va nettoyer cet endroit, et au Kärcher s'il le faut."

Aussitôt, les socialistes, Julien Dray en tête, déclare qu'il est scandaleux de parler de nettoyage, dans des propos qui rappellent la folie des années 40. En creux, il accuse Sarkozy de préparer un nettoyage ethnique.
Plusieurs mois plus tard, cela donne, dans la bouche de Rost : "M. Sarkozy nous traite de merde à nettoyer au Kärcher!"

C'est grave, très grave. La désinformation, ça marche très bien. La rumeur se répand toujours plus vite que l'information, et les démentis ne suffisent pas à l'effacer. Après, certains se sentent insultés par des propos qui n'ont pas été tenus, et, la gauche à raison, il y a beaucoup de tension entre les jeunes et Sarkozy. Sauf que c'est de la faute éhontée des socialistes... Mais il est tellement gros, tellement scandaleux, tellement inimaginable qu'un parti politique puisse prendre sciemment le risque de créer le climat d'une guerre civile dans le seul but de diaboliser son adversaire et de passer pour les gentils, que personne n'ose vraiment formuler cette possibilité. Qu'on ne vienne pas me dire que les médias sont à la botte de Sarkozy... Sinon les rumeurs ne se seraient pas transmises aussi rapidement, et les démentis qui auraient pu désamorcer la situation auraient bénéificé d'une couverture bien meilleure.


C - LA GUERRE EN IRAK

Il y a quelques temps, Bush décide d'envahir l'Irak. Jacques Chirac s'y oppose, en menaçant d'utiliser son droit de veto dans le cadre du conseil de sécurité de l'ONU. Sarkozy n'est pas favorable à l'invasion de l'Irak, mais juge l'utilisation du veto doublement bête: d'une part, la France risque des conséquences économiques (et il y en aura, avec une baisse des importations de nos produits), et d'autre part, le veto lui paraît vain car il ne devrait pas empêcher les USA d'entrer en guerre sans l'ONU. De fait, c'est ce qui s'est produit.

Simple désaccord sur la méthode d'opposition? Peu importe : les adversaires de Sarkozy, déconcertés par sa popularité, préfèrent ce stupide syllogisme: "Sarkozy s'oppose à Chirac, donc il est avec Bush." Désinformation volontaire et malhonnête. Ou alors énorme manifestation de connerie. Je ne sais pas ce qui est préférable.

D - L'IMMIGRATION CHOISIE

A un moment donné, Sarkozy évoque le concept d'immigration choisie. L'idée est la suivante : il s'agit de passer des accords avec les pays d'émigration (Malin, Bénin, Sénégal, etc), pour définir un nombre d'émigrants vers la France, notamment un certain nombre d'étudiants, ayant pour vocation à y faire leurs études, leur formation puis leur apprentissage, plus éventuellement un an de pratique... avant de RETOURNER dans leur pays d'origine afin d'y pratiquer leur profession nouvellement apprise.

De tout cela, les socialistes décident de ne garder que l'appellation, et déclarent en substance: "L'immigration choisie est un concept qui renvoie à la pire époque du colonialisme; piller les élites des pays d'Afrique pour le compte du nôtre serait une attitude négrière." Déformation volontaire ou simplisme intellectuel... Décidément, je ne sais toujours pas ce qui est pire.

Le président du Sénégal, Abdoullaye Wade, qui n'est pas exactement un soutien de Sarkozy, s'est laissé abusé par la rumeur. Lui aussi trouvait scandaleux l'idée du pillage des élites. Et puis Sarko est allé au Sénégal pour s'expliquer. Il a été accuelli par des manifs hostiles... Après une discussion en tête à tête avec Wade, il repart, un accord d'immigration choisie en poche. Soit Wade est moins borné que les socialistes, soit l'une des parties était de mauvaise foi. Non, vraiment? Est-ce possible?

E - LA CONCENTRATION DES POUVOIRS

A un moment, les socialistes se sont mis à barbouiller l'image de Sarkozy avec des aspirations d'empereur, le traitant notamment de "petit Napoléon" (titre qui fera la première page de Marianne, journal, hum, pas du tout engagé).

Sarkozy est un grand fan d'histoire; il a notamment été fasciné par le destin de Napoléon, et il l'a souvent dit. D'accord.
Moi, je trouve le destin d'Hitler fascinant. Pour autant, c'est le plus grand salaud de l'histoire et je n'ai pas envie qu'un seul de mes orteils ne ressemble à un des siens.

Le PS a fait tout ce qu'il a pu pour faire passer Sarkozy pour un empereur dans l'âme, mettant l'accent sur le fait que l'UMP est entièrement à sa botte, sous-entendant qu'il tient ce parti d'une main de fer après s'être auto-couronné, comme Napoléon... En oubliant de dire qu'il a été élu démocratiquement par les militants, ce qu'aucun chef de parti n'a jamais été... Pas même au PS, qui désigne son chef en bureau politique, comme au PC et comme ailleurs.

Et puis il y a le coup de la double casquette ministre de l'intérieur / candidat.
Version socialiste : il est scandaleux d'être candidat tout en demeurant en fonction dans un ministère, car il y a risque de confusion des moyens. Voilà qui dénote une conception de la démocratie bien étrange.

Version factuelle : Aucun ministre n'a jamais démissionné parce qu'il était candidat. Jamais. Ni Barre, ni Balladur, ni Chirac, ni Giscard, Ni Jospin. Sarkozy est le premier à le faire. Certes, il est ministre de l'intérieur, celui qui organise les élections. Jospin, lui, était premier ministre, qui a autorité sur le ministre de l'intérieur. Mitterrand était président au moment de sa réélection. Et le président a autorité sur tous les ministres. Et l'on n'a jamais accusé Mitterrand ou Jospin d'être des dictateurs.

Un dernier pour la route : Sarkozy a été le premier à proposer d'abandonner deux privilèges présidentiels, fonction à laquelle il veut pourtant accéder: le droit de grâce, et les nominations arbitraires à la tête des grandes entreprises publiques.

Si l'on regarde les faits, Sarkozy est un des hommes politiques les plus soucieux de la démocratie. Malheureusement, le personnage qu'ont créé les socialistes cadre très bien avec son caractère énergique et son omniprésence sur le terrain, et donc dans les médias. On le voit partout; ses opposants en déduisent qu'il contrôle tout, arguant qu'il est ami de plusieurs patrons de presse.

Sarkozy est attiré par les gens comme lui; ceux qui, ambitieux, aiment être aux manettes. Du coup, il est pote avec beaucoup de patrons, dont certains patrons de presse. Très facile, dès lors, pour ses opposants de le soupçonner de vouloir contrôler les médias dans le cadre d'une société totalitaire. Vous ne trouvez pas que ça commence à faire un peu parano, tout ça? Enfin admettons... Si Sarko cherche vraiment à contrôler la presse, visiblement, il n'est pas très doué, étant donné le nombre record de publications l'attaquant frontalement!

F - LA PEINE DE MORT

Le top du top de la rumeur. La cerise sur le gâteau, la chantilly sur les fraises déjà sucrées, le Ronald McDonald à roulettes en cadeau avec le Happy Meal. Le truc le plus stupide que j'aie jamais entendu à son sujet. Et je ne sais même pas d'où c'est parti! Une piste : peut-être que son accusation d'être pro-Bush (ce qui est un non-sens puisqu'il s'est opposé à la guerre en Irak) lui a valu la suspicion d'être pour la peine de mort, encore légale aux USA. Je n'ai pas mieux.

En tout cas il est contre, il l'a dit et redit. Je ne vois pas quoi dire d'autre, mais en même temps je ne vois pas ce qu'on peut encore lui reprocher là-dessus après un démenti formel de sa part, sauf à dire qu'il ment, et qu'en fait il est bel et bien pour mais il ne veut pas le dire. De toutes façons c'est un menteur, en tout cas ce serait pas étonnant qu'il mente, car il est méchant, parce que je vous rappelle qu'il n'aime pas les banlieusards et qu'il veut virer les noirs et les arabes.

G - LE DETERMINISME GENETIQUE

Voici quelques semaines, Nicolas Sarkozy se prête à un entretien-débat de 4h30 avec un philosophe. Une multitude de sujets sont abordés, et, parmi eux, la génétique. A un moment, le philosophe lui demande ce qu'il pense de la part de l'inné et de l'acquis dans les comportements criminogènes. Lui répond : "J'incline à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème qu'on ne sache traiter cette pathologie."

On lui demande son opinion, il la donne : a priori, il dirait que oui, la génétique joue. Il n'en est pas sûr. C'est son sentiment. On a tous un avis sur tout; on donne toujours son avis, même quand on ne sait rien pour sûr; on donne sa tendance, ne serait-ce que pour faire avancer le débat.

Le lendemain, on entend : "Nicolas Sarkozy se déclare convaincu par la théorie du déterminisme génétique".
Comme s'il avait convoqué les journalistes, s'était installé derrière son pupitre pour dire solennellement "Les pédophiles le sont dès la naissance." Ce n'est pas la même chose. Un avis personnel sans certitude n'engage aucune politique. Malgré cela, ses opposants le soupçonnent aussitôt de vouloir instaurer la sélection par les gênes à la naissance. Et quand bien même il décidait, dans un accès de simplisme qui ne lui ressemble pas du tout, de faire Gattaca en France, encore faudrait-il qu'il y ait des scientifiques et des études pour prouver que la théorie du déterminisme est fondée, puis pour développer la technologie et établir les règles de sélection, sinon, comment fait-on la sélection?

Plus tard, Sarko a précisé sa pensée, réalisant que sa phrase avait été, une fois de plus, sortie de son contexte. Il déclare ainsi sur France 2 qu'il se posait simplement la question de la part de l'inné et de l'acquis dans des comportements tels que la pédophilie, mais qu'en réalité il n'en savait rien. Il avait simplement émis une hypothèse, comme le font d'ailleurs tous les scientifiques avant même de se lancer dans la démonstration. Il part du principe que les gens réagissent différemment, sans que l'on sache pourquoi, face au tabac - des fumeurs passifs peuvent avoir un cancer, et un gros fumeur peut ne rien développer -, et rappelle qu'on a longtemps pensé que l'autisme était due à l'éducation des parents.

Il précise que son souci est de parvenir à déterminer quels comportements sont des maladies cérébrales, et lesquels sont des maladies d'ordre psychique, de façon à savoir comment les traiter. Preuve que le traitement médical (et non la sélection eugéniste!) est son but: il souhaite que les délinquants sexuels s'engagent à suivre un traitement à leur sortie de prison, et plus généralement, que les délinquants atteints de pathologies mentales ne soient plus enfermés avec les autres détenus mais dans des établissements spécialisés. C'est bien la preuve qu'il ne pense pas à la sélection à la naissance.

Conclusion : Sarkozy n'est ni raciste, ni xénophobe, ni eugéniste, ni pro-Bush, ni anti-démocratique, ni pour la peine de mort, ni esclavagiste. En revanche, il a un défaut qui est indéniable : il est en tête des sondages depuis 5 ans.

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Petit guide de la Sarko-haine

Ah! Que de haine déversée dans nos sillons, bientôt abreuvés par les larmes des soutiens du ou de la perdant(e) de l'élection présidentielle.

Dimanche, au soir du 1er tour, me voilà devant "On n'est pas couchés", l'émission de Fogiel sur M6. On y retrouve un rappeur répondant au doux nom de Rost. Je ne sais pas pourquoi, mais un pressentiment me souffle qu'il ne va pas soutenir Sarkozy. Je suis bien en dessous de la vérité... Il ne se contente pas de ne pas soutenir Sarkozy; il déverse toute la haine que ce bonhomme lui inspire. Petite citation - il faut imaginer le mec très très remonté, plus agressif qu'un Hitler haranguant la foule :

"Moi je vais pas voter pour un type qui nous traite de merde à nettoyer au Kärcher !"

"C'est quand même extraordinaire", dirait Nicolas... Canteloup. Que les choses soient bien claires entre nous : si j'étais noir, et que l'homme politique Robert X me traitait de merde à nettoyer au Kärcher, je serai sans doute très très énervé - enfin... Ayant sans doute moins de testostérone que Rost, je n'aurais sans doute pas eu la même violence d'attitude (il fallait le voir, le bougre! Brrr, il aurait fait peur à Francis Heaulme). Mais j'aurais été tout à fait légitime à avoir l'attitude de Rost à l'égard de Robert X.

Quand dira-t-on une bonne fois pour toutes que toute cette agressivité anti-Sarko est un immense malentendu ?

Sur quoi repose cette agressivité ? Sa politique ? Ok, résumons ce qui pourrait poser problème dans ses décisions :

- Régularisation au cas par cas des clandestins de Cachan, refusant à la fois la régularisation sans conditions et l'expulsion systématique (dont je viens d'apprendre en écoutant Ségo chez Arlette Chabot qu'elle était pour le même système que Sarko, soit dit en passant... Mais elle peut encore changer d'avis; accordé, elle l'a déjà fait)
- Instauration des radars automatiques
- Création du Conseil Français du Culte Musulman,
- suppression de la police de proximité Jospin, alors en activité de 8h à 17h, et dont il conteste l'efficacité, pour réassigner les ressources humaines sur les investigations et les interpellations, laissant les animations aux associations (et dont il n'est pas responsable du financement, contrairement à ce qu'on dit)
- création des Groupes d'Intervention Renforcés, regroupant ponctuellement des membres des différentes agences d'investigation pour lutter contre le crime organisé dans le cadre de certaines affaires.
- création d'un fichier d'empreintes génétiques de suspects dans des affaires criminelles, comme en Angleterre. But affiché: passer d'une culture de l'aveu à celle de la preuve, et ainsi décourager les abus de garde à vue.

Voilà, pour ce qui est des mesures phares, on a à peu près fait le tour. On a là des mesures qui peuvent plaire ou déplaire; mais y a-t-il là-dedans quoi que ce soit qui puisse légitimement pousser quiconque à penser que Nicolas Sarkozy est un affreux fasciste ? Il ne me semble pas.

Que reste-t-il alors pour expliquer ce sentiment de haine particulièrement violente à l'égard de Sarkozy ? Si ce n'est pas à cause de ce qu'il a fait, c'est sans doute à cause de quelque chose qu'il a dit. Et quand on écoute ses opposants, on en a la confirmation. Voici, il me semble, les propos ou positions qu'on lui reproche:

A - Avoir traité les habitants de banlieue de "racailles".

B - Avoir déclaré vouloir nettoyer les banlieues des noirs et des arabes au Kärcher.

C - S'être déclaré favorable à la guerre en Irak.

D - S'être exprimé en faveur de l'immigration choisie, qui consiste à piller les élites des pays défavorisés pour le bénéfice de la France.

E - Vouloir concentrer tous les pouvoirs entre ses mains.

F - Etre favorable au retour de la peine de mort.

G - Avoir déclaré que l'on naît pédophile, et qu'il faut donc faire une sélection génétique dès la naissance, comme dans Bienvenue à Gattaca.

En effet, quand on lit tout ça, on se dit "brrr, quel affreux jojo ce Sarko! Il ne faut absolument pas qu'il passe; Tout sauf Sarko! Allez, peu importe ce que pense Ségolène, ce sera toujours moins grave que ce que pense Sarko."

Le problème, c'est que les points A à G ne sont PAS des déclarations de Nicolas Sarkozy. C'est une version des propos de Sarko passés au logiciel socialiste. Un logiciel de désinformation à laquelle participait Eric Besson, secrétaire national du PS, il y a encore trois mois... jusqu'à ce que cet Eric Besson en ait marre de caricaturer le bonhomme et finisse, dégoûté par tant de mauvaise foi, par passer dans le camp adverse. Son récit, instructif, est à lire en partie sur son site http://www.ericbesson.fr/

Il me semble que ce sont principalement ces postulats A à G qui provoquent la haine anti-Sarko. Et pourtant, rien n'est vrai. Ni le A, ni le G, ni les autres.

Je vais donc vous livrer les versions factuelles de ces propos, c'est-à-dire avant leur passage à la moulinette de la redoutable désinformation/diabolisation socialiste (qu'Eric Besson dénonce aujourd'hui comme une stratégie délibérée au PS!) :

A - LES RACAILLES

En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, décide de se rendre sur la dalle d'Argenteuil, l'un des coins les plus "chauds" de la banlieue parisienne, en pleine nuit, dans le but de montrer qu'aucun cm² de la République ne peut être confisqué par les bandes. A peine descendu de voiture, des centaines de... types (on ne sait même plus comment les appeler de peur d'être taxé de fascistes) se réunissent pour engager une bagarre générale avec la police. La Police emmène Sarkozy au commissariat le temps que les échauffourées se calment. Plusieurs heures plus tard, il en ressort pour se diriger vers les tours d'habitation. Sur le chemin, des centaines de types jettent bouteilles, canettes, insultes et crachats sur le cortège qu'il constitue avec les policiers assurant sa protection. Toute cette agitation a produit beaucoup de vacarme, qui a attiré tous les habitants des tours à leurs fenêtres.
Arrivé en bas de l'une de ces tours, Sarkozy voit apparaître, au premier étage (les journalistes présents l'ont depuis maintes fois confirmé), une habitante, en l'occurrence maghrébine. Elle l'interpelle :

"Monsieur Sarkozy! Quand est-ce que vous allez nous débarasser de cette racaille ?"

Sarkozy, se sachant filmé, et sachant que les caméras sont braquées sur lui et non sur la femme en question, décide de reprendre une partie de la question, sans doute pour que sa réponse soit intelligible pour les futurs téléspectateurs. Il répond donc :

"Vous en avez marre de cette bande de racailles ? Eh ben on va vous en débarrasser."

Pourquoi je précise que l'habitante est maghrébine? Pour bien montrer qu'on ne peut pas l'accuser d'avoir tenu un propos raciste; ce ne sont évidemment pas les arabes qu'elle traite de racaille; ce sont les 200 connards qui se sont bagarrés avec les flics et caillassé Sarko depuis des heures.

Le lendemain, François Hollande, bientôt suivi par ses camarades du PS, puis par l'ensemble de la gauche, déclare en substance : un ministre de l'intérieur ne doit pas employer de tels mots pour qualifier une partie de notre population sous prétexte qu'elle habite la banlieue. Dès lors, de "Madame la banlieusarde, on va vous débarasser de la racaille que constituent ces lanceurs de bouteille, de crachats et d'insultes", on passe à "les habitants de banlieue sont des racailles." Déformation volontaire et malhonnête.

Quelques mois plus tard surviennent les émeutes de banlieue, que François Hollande mettra sur le compte des déclarations de Sarkozy, qui auraient enflammé les banlieues. Si l'on considère que c'est effectivement cette phrase qui est responsable de novembre 2005, alors c'est à lui-même que François Hollande doit s'en plaindre d'avoir déformé une phrase du ministre de l'intérieur. C'est grave, très grave; si Hollande arrive encore à bien dormir face à sa conscience, c'est sans doute un peu grâce à Sarkozy, puisqu'aucun mort n'a été à déplorer au cours des émeutes. Je ne sais pas si le secrétaire général du PS se sentirait aussi bien si sa désinformation avait coûté la mort à un émeutier ou à un flic... Mais ne soyons pas d'aussi mauvaise foi que lui: les émeutes ont évidemment davantage à voir avec la mort des deux gamins dans le compteur EDF à la veille des émeutes qu'avec une phrase prononcée plusieurs mois plus tôt.

B - LE KARCHER

On a ici quasiment le même cas de figure que l'histoire des "racailles". En visite dans un quartier chaud, Sarkozy se rend dans une barre d'habitation. L'endroit est miteux, tagué de partout. Il respire le trafic. Au cours de sa visite, une famille maghrébine lui demande : regardez, c'est sale, il faut nettoyer. Y a des tags, y a de la drogue, il faut nous nettoyer tout ça! Discours qui lui est tenu pendant tout son séjour dans cet immeuble.

De retour en bas de l'immeuble, il déclare à la presse, solennel : "On va nettoyer cet endroit, et au Kärcher s'il le faut."

Aussitôt, les socialistes, Julien Dray en tête, déclare qu'il est scandaleux de parler de nettoyage, dans des propos qui rappellent la folie des années 40. En creux, il accuse Sarkozy de préparer un nettoyage ethnique.
Plusieurs mois plus tard, cela donne, dans la bouche de Rost : "M. Sarkozy nous traite de merde à nettoyer au Kärcher!"

C'est grave, très grave. La désinformation, ça marche très bien. La rumeur se répand toujours plus vite que l'information, et les démentis ne suffisent pas à l'effacer. Après, certains se sentent insultés par des propos qui n'ont pas été tenus, et, la gauche à raison, il y a beaucoup de tension entre les jeunes et Sarkozy. Sauf que c'est de la faute éhontée des socialistes... Mais il est tellement gros, tellement scandaleux, tellement inimaginable qu'un parti politique puisse prendre sciemment le risque de créer le climat d'une guerre civile dans le seul but de diaboliser son adversaire et de passer pour les gentils, que personne n'ose vraiment formuler cette possibilité. Qu'on ne vienne pas me dire que les médias sont à la botte de Sarkozy... Sinon les rumeurs ne se seraient pas transmises aussi rapidement, et les démentis qui auraient pu désamorcer la situation auraient bénéificé d'une couverture bien meilleure.


C - LA GUERRE EN IRAK

Il y a quelques temps, Bush décide d'envahir l'Irak. Jacques Chirac s'y oppose, en menaçant d'utiliser son droit de veto dans le cadre du conseil de sécurité de l'ONU. Sarkozy n'est pas favorable à l'invasion de l'Irak, mais juge l'utilisation du veto doublement bête: d'une part, la France risque des conséquences économiques (et il y en aura, avec une baisse des importations de nos produits), et d'autre part, le veto lui paraît vain car il ne devrait pas empêcher les USA d'entrer en guerre sans l'ONU. De fait, c'est ce qui s'est produit.

Simple désaccord sur la méthode d'opposition? Peu importe : les adversaires de Sarkozy, déconcertés par sa popularité, préfèrent ce stupide syllogisme: "Sarkozy s'oppose à Chirac, donc il est avec Bush." Désinformation volontaire et malhonnête. Ou alors énorme manifestation de connerie. Je ne sais pas ce qui est préférable.

D - L'IMMIGRATION CHOISIE

A un moment donné, Sarkozy évoque le concept d'immigration choisie. L'idée est la suivante : il s'agit de passer des accords avec les pays d'émigration (Malin, Bénin, Sénégal, etc), pour définir un nombre d'émigrants vers la France, notamment un certain nombre d'étudiants, ayant pour vocation à y faire leurs études, leur formation puis leur apprentissage, plus éventuellement un an de pratique... avant de RETOURNER dans leur pays d'origine afin d'y pratiquer leur profession nouvellement apprise.

De tout cela, les socialistes décident de ne garder que l'appellation, et déclarent en substance: "L'immigration choisie est un concept qui renvoie à la pire époque du colonialisme; piller les élites des pays d'Afrique pour le compte du nôtre serait une attitude négrière." Déformation volontaire ou simplisme intellectuel... Décidément, je ne sais toujours pas ce qui est pire.

Le président du Sénégal, Abdoullaye Wade, qui n'est pas exactement un soutien de Sarkozy, s'est laissé abusé par la rumeur. Lui aussi trouvait scandaleux l'idée du pillage des élites. Et puis Sarko est allé au Sénégal pour s'expliquer. Il a été accuelli par des manifs hostiles... Après une discussion en tête à tête avec Wade, il repart, un accord d'immigration choisie en poche. Soit Wade est moins borné que les socialistes, soit l'une des parties était de mauvaise foi. Non, vraiment? Est-ce possible?

E - LA CONCENTRATION DES POUVOIRS

A un moment, les socialistes se sont mis à barbouiller l'image de Sarkozy avec des aspirations d'empereur, le traitant notamment de "petit Napoléon" (titre qui fera la première page de Marianne, journal, hum, pas du tout engagé).

Sarkozy est un grand fan d'histoire; il a notamment été fasciné par le destin de Napoléon, et il l'a souvent dit. D'accord.
Moi, je trouve le destin d'Hitler fascinant. Pour autant, c'est le plus grand salaud de l'histoire et je n'ai pas envie qu'un seul de mes orteils ne ressemble à un des siens.

Le PS a fait tout ce qu'il a pu pour faire passer Sarkozy pour un empereur dans l'âme, mettant l'accent sur le fait que l'UMP est entièrement à sa botte, sous-entendant qu'il tient ce parti d'une main de fer après s'être auto-couronné, comme Napoléon... En oubliant de dire qu'il a été élu démocratiquement par les militants, ce qu'aucun chef de parti n'a jamais été... Pas même au PS, qui désigne son chef en bureau politique, comme au PC et comme ailleurs.

Et puis il y a le coup de la double casquette ministre de l'intérieur / candidat.
Version socialiste : il est scandaleux d'être candidat tout en demeurant en fonction dans un ministère, car il y a risque de confusion des moyens. Voilà qui dénote une conception de la démocratie bien étrange.

Version factuelle : Aucun ministre n'a jamais démissionné parce qu'il était candidat. Jamais. Ni Barre, ni Balladur, ni Chirac, ni Giscard, Ni Jospin. Sarkozy est le premier à le faire. Certes, il est ministre de l'intérieur, celui qui organise les élections. Jospin, lui, était premier ministre, qui a autorité sur le ministre de l'intérieur. Mitterrand était président au moment de sa réélection. Et le président a autorité sur tous les ministres. Et l'on n'a jamais accusé Mitterrand ou Jospin d'être des dictateurs.

Un dernier pour la route : Sarkozy a été le premier à proposer d'abandonner deux privilèges présidentiels, fonction à laquelle il veut pourtant accéder: le droit de grâce, et les nominations arbitraires à la tête des grandes entreprises publiques.

Si l'on regarde les faits, Sarkozy est un des hommes politiques les plus soucieux de la démocratie. Malheureusement, le personnage qu'ont créé les socialistes cadre très bien avec son caractère énergique et son omniprésence sur le terrain, et donc dans les médias. On le voit partout; ses opposants en déduisent qu'il contrôle tout, arguant qu'il est ami de plusieurs patrons de presse.

Sarkozy est attiré par les gens comme lui; ceux qui, ambitieux, aiment être aux manettes. Du coup, il est pote avec beaucoup de patrons, dont certains patrons de presse. Très facile, dès lors, pour ses opposants de le soupçonner de vouloir contrôler les médias dans le cadre d'une société totalitaire. Vous ne trouvez pas que ça commence à faire un peu parano, tout ça? Enfin admettons... Si Sarko cherche vraiment à contrôler la presse, visiblement, il n'est pas très doué, étant donné le nombre record de publications l'attaquant frontalement!

F - LA PEINE DE MORT

Le top du top de la rumeur. La cerise sur le gâteau, la chantilly sur les fraises déjà sucrées, le Ronald McDonald à roulettes en cadeau avec le Happy Meal. Le truc le plus stupide que j'aie jamais entendu à son sujet. Et je ne sais même pas d'où c'est parti! Une piste : peut-être que son accusation d'être pro-Bush (ce qui est un non-sens puisqu'il s'est opposé à la guerre en Irak) lui a valu la suspicion d'être pour la peine de mort, encore légale aux USA. Je n'ai pas mieux.

En tout cas il est contre, il l'a dit et redit. Je ne vois pas quoi dire d'autre, mais en même temps je ne vois pas ce qu'on peut encore lui reprocher là-dessus après un démenti formel de sa part, sauf à dire qu'il ment, et qu'en fait il est bel et bien pour mais il ne veut pas le dire. De toutes façons c'est un menteur, en tout cas ce serait pas étonnant qu'il mente, car il est méchant, parce que je vous rappelle qu'il n'aime pas les banlieusards et qu'il veut virer les noirs et les arabes.

G - LE DETERMINISME GENETIQUE

Voici quelques semaines, Nicolas Sarkozy se prête à un entretien-débat de 4h30 avec un philosophe. Une multitude de sujets sont abordés, et, parmi eux, la génétique. A un moment, le philosophe lui demande ce qu'il pense de la part de l'inné et de l'acquis dans les comportements criminogènes. Lui répond : "J'incline à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème qu'on ne sache traiter cette pathologie."

On lui demande son opinion, il la donne : a priori, il dirait que oui, la génétique joue. Il n'en est pas sûr. C'est son sentiment. On a tous un avis sur tout; on donne toujours son avis, même quand on ne sait rien pour sûr; on donne sa tendance, ne serait-ce que pour faire avancer le débat.

Le lendemain, on entend : "Nicolas Sarkozy se déclare convaincu par la théorie du déterminisme génétique".
Comme s'il avait convoqué les journalistes, s'était installé derrière son pupitre pour dire solennellement "Les pédophiles le sont dès la naissance." Ce n'est pas la même chose. Un avis personnel sans certitude n'engage aucune politique. Malgré cela, ses opposants le soupçonnent aussitôt de vouloir instaurer la sélection par les gênes à la naissance. Et quand bien même il décidait, dans un accès de simplisme qui ne lui ressemble pas du tout, de faire Gattaca en France, encore faudrait-il qu'il y ait des scientifiques et des études pour prouver que la théorie du déterminisme est fondée, puis pour développer la technologie et établir les règles de sélection, sinon, comment fait-on la sélection?

Plus tard, Sarko a précisé sa pensée, réalisant que sa phrase avait été, une fois de plus, sortie de son contexte. Il déclare ainsi sur France 2 qu'il se posait simplement la question de la part de l'inné et de l'acquis dans des comportements tels que la pédophilie, mais qu'en réalité il n'en savait rien. Il avait simplement émis une hypothèse, comme le font d'ailleurs tous les scientifiques avant même de se lancer dans la démonstration. Il part du principe que les gens réagissent différemment, sans que l'on sache pourquoi, face au tabac - des fumeurs passifs peuvent avoir un cancer, et un gros fumeur peut ne rien développer -, et rappelle qu'on a longtemps pensé que l'autisme était due à l'éducation des parents.

Il précise que son souci est de parvenir à déterminer quels comportements sont des maladies cérébrales, et lesquels sont des maladies d'ordre psychique, de façon à savoir comment les traiter. Preuve que le traitement médical (et non la sélection eugéniste!) est son but: il souhaite que les délinquants sexuels s'engagent à suivre un traitement à leur sortie de prison, et plus généralement, que les délinquants atteints de pathologies mentales ne soient plus enfermés avec les autres détenus mais dans des établissements spécialisés. C'est bien la preuve qu'il ne pense pas à la sélection à la naissance.

Conclusion : Sarkozy n'est ni raciste, ni xénophobe, ni eugéniste, ni pro-Bush, ni anti-démocratique, ni pour la peine de mort, ni esclavagiste. En revanche, il a un défaut qui est indéniable : il est en tête des sondages depuis 5 ans.

Posté par Slobodan à 02:20 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2007

Besson: présumé coupable

On a beaucoup glosé sur le changement de camp d'Eric Besson, ancien secrétaire national du PS chargé des questions économiques et notamment du chiffrage du projet du PS. Après avoir démissionné de ses fonctions, écrit le livre "Qui connait Mme Royal ?", dans lequel il explique pourquoi il a quitté le PS, il a annoncé son soutien à Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, le PS mais aussi beaucoup de journalistes dits neutres lui tombent dessus, l'accusant d'avoir trahi son camp dans l'unique but d'obtenir un poste ministériel dans l'équipe de Sarkozy... sans plus de preuve à charge qu'à décharge.

Il y a deux façons possibles d'analyser l'attitude de Besson; résumons-nous: soit on le croit, soit on ne le croit pas.

Si on le croit, je ne vois vraiment pas où est l'incohérence de sa démarche.  En bon petit soldat, il a suivi les instructions de son parti pendant des mois, en jetant un voile pudique sur ses réserves, jusqu'à ce que la coupe soit pleine. La limite ayant été franchie, celle au-delà de laquelle sa candidate devenait moins soutenable que son adversaire, il a naturellement décidé de changer de camp. Tout cela est très logique.

On l'accuse d'avoir trahi sa famille politique... On peut tout aussi bien dire qu'il a été au contraire d'une incroyable loyauté, voire d'une loyauté aveugle, puisqu'il a été capable de rédiger sur commande un pamphlet anti-Sarkozy dont il ne pensait pas la moitié, capable aussi de défendre un chiffrage de projet qu'il savait très "léger". On peut appeler ça de la malhonnêteté, on peut aussi appeler ça de la loyauté.

Et puis on peut décider de ne pas le croire, en l'accusant d'être de mauvaise foi. Certes. Mais qu'est-ce qui permet de pousser davantage vers le soupçon que vers la croyance? Rien, en tout cas l'on ne trouve rien de tel dans les analyses de ceux qui l'accusent d'opportunisme.

La remise en question du propos d'un homme politique est une chose, et c'est il me semble le rôle du journaliste; la présomption de culpabilité en est une autre, et elle est malheureusement devenue la règle dans le monde de l'observation politique... Ce qui ne va pas aider les gens à avoir confiance en la classe politique, ce qui devrait rendre les politiques encore plus frileux dans leur façon de gouverner.

Posté par Slobodan à 15:53 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 avril 2007

Travailler plus pour gagner plus: gné ?

Je cite le bloggueur Yojik:

"Il me semble que dans la mesure où il n’y a pas en France autant d’offres d’emploi que de chômeurs, c'est la preuve qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde. Donc je voudrais bien que l’on m’explique en quoi ou comment, donner davantage de travail à ceux qui en ont déjà un, règlera le problème de ceux qui n’en ont pas ? Si je fais travailler un salarié 45 heures par et que je lui impose de partir à la retraite plus tard, donc occuper plus longtemps son emploi, je me demande par quelle magie, cela va créer de l’emploi pour les autres. Si vous voyez, vous me dites hein ? Moi c'est sûr, je suis trop con pour trouver tout seul."

Voici mon humble contribution au débat.
Effectivement, de prime abord, on serait tentés d'avoir le même réflexe que ce bloggueur; d'ailleurs, beaucoup partagent son analyse - principalement à gauche.

La gauche part du principe que le travail est une donnée fixe qui ne peut pas varier. A partir de là, si on a X emplois, le seul moyen pour que tout le monde ait un emploi, c'est de diviser les X emplois en autant de demandeurs d'emploi. Alors pour obliger à la création d'emploi, on encourage les quinquagénaires à partir en pré-retraite, et on décourage les entreprises de laisser ses employés travailler plus de 35h.

Problème : si en effet le nombre d'emploi est une donnée fixe, sa population, elle, augmente; il va arriver un moment où on ne pourra plus diviser le travail ! Que fera-t-on à ce moment-là ?

La droite pense elle au contraire que le travail n'est pas une donnée fixe. On peut faire varier le nombre d'emplois. Comment ? Par le travail lui-même. "Le travail créé le travail" est une phrase martelée à longueur de journée par Sarko, mais malheureusement jamais expliquée ; j'imagine qu'il croit que tout le monde comprend tout de suite ce que ça veut dire; c'est con, parce que c'est pas évident.

Explication du concept "le travail crée le travail"
: pour créer des emplois, il faut qu'une entreprise embauche. Or une entreprise ne va pas embaucher pour le plaisir, ni simplement parce qu'elle en aurait les moyens - mets-toi dans la tête d'un patron : tes bénéfices, tu en fais quoi? Tu en profites ou tu les donnes aux autres? Non. L'entreprise ne va embaucher que si elle a besoin de nouveaux employés pour faire de nouveaux bénéfices en conquérant de nouveaux marchés. Mais quand les nouveaux marchés apparaissent-ils? Quand les gens consomment, achètent. Pour cela, il faut que les gens ait un pouvoir d'achat qui le leur permette... Ainsi, ceux qui auront l'occasion de travailler plus avec les heures supp défiscalisées verront leur pouvoir d'achat augmenter; cet argent ira dans la consommation, créera des marchés, incitera les entreprises à exploiter davantage ces nouveaux marchés, et pour cela, à embaucher...

Conclusion : le travail crée le travail, et encourager Paul à travailler plus ne retire pas un job des mains de Pierre.

Avantage bonus : l'augmentation de la consommation occasionnnée par celle du pouvoir d'achat augmente les recettes de TVA pour l'Etat, ce qui lui permet de baisser les impôts sur les particuliers pour leur permettre de consommer encore davantage, et de baisser l'impôt sur les sociétés pour leur permettre d'exploiter encore davantage les nouveaux marchés ainsi créés. Cercle vertueux !

Evidemment, le désavantage de la stratégie de droite, c'est que ça rend l'idée de travailler moins qu'aujourd'hui impossible, ce qui n'est pas très agréable. Mais entre vivre agréablement le temps que le pays fasse faillite, et bosser un peu plus qu'on ne voudrait dans un pays qui peut regarder devant lui, je préfère quand même la deuxième solution!

Posté par Slobodan à 00:48 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2007

Contestation

L'analyse faite de la proposition du ministère de l'immigration et de l'identité nationale dans la presse est très majoritaire: il s'agirait pour Nicolas Sarkozy de "flirter avec les idées de Jean-Marie Lepen" à des fins électorales.

A aucun moment on n'entend un journaliste ne pas remettre en cause la sincérité de Nicolas Sarkozy dans cette proposition.

Et si c'était vrai ? dirait Marc Lévy; et si Nicolas Sarkozy pensait sincèrement, avant de mesurer l'efficacité électorale de sa proposition, que pour bien intégrer les immigrés, il faut d'abord déterminer ce que veut dire être français (et comment appeler ça autrement qu'identité nationale?)?

La presse fait état des craintes que suscite cette appellation. Personne n'explique vraiment pourquoi d'ailleurs, les commentateurs se contentant généralement de qualificatifs assez fourre-tout er surtout très vagues du genre "trouble", ou encore "réminiscent d'une époque sombre", ce qui a le double avantage de ne pas engager le commentateur sur quoi que ce soit, et de pousser chaque téléspectateur à chercher en lui-même des motifs d'inquiétude. Nous voilà bien avancés !

A peine la proposition a-t-elle été formulée que toute la sphère médiatique s'est déjà emparé du nouveau sentiment à la mode, "la proposition polémique"... Sans jamais prendre le temps d'expliquer de quoi l'on parle; ainsi, là où l'on pourrait s'attendre à voir les journalistes chercher à l'étranger des exemples comparables de tels ministères, ces derniers ne partent en quête que des réactions des opposants de Sarkozy.

Dès lors, l'info n'est déjà plus "Sarkozy propose un ministère de l'immigration et de l'identité nationale", mais "Sarkozy suscite la polémique avec une nouvelle proposition".

Dans de telles conditions, comment espérer que les électeurs puissent se faire une idée du programme des candidats en s'affranchissant des commentaires caricaturaux de leurs opposants ? Les commentaires contradictoires sont très importants, à partir du moment où ils contredisent quelque chose d'établi... Malheureusement, nous nous retrouvons avec une société de communication où nous avons tant poussé la culture de la contestation à l'extrême que l'expression de la moindre idée nouvelle entraîne un embrasement systématique. C'est logique: les opposants à une idée font toujours plus de bruit que ceux qui la soutiennent. Conséquence: chacun devient frileux, personne n'ose plus rien dire, de peur de provoquer une polémique...

Et le plus drôle, c'est que, face à cette retenue compréhensible, on se plaint de la langue de bois des hommes politiques... Voici donc le contrat qui leur est proposé: ou ils décident de ne rien dire pour ne fâcher personne, et on les accuse de faire de la langue de bois, ou ils décident d'émettre des idées, en fâchant forcément quelques-uns, et on les taxe d'être irresponsables, peu réfléchis. Et nos hommes politiques doivent gouverner là-dedans ! Autant essayer de respirer à pleins poumons dans un sac plastique.

Je suis évidemment très attaché à la liberté d'expression et de contestation; mais il me semble que nous avons poussé le bouchon trop loin en la matière. A trop critiquer, on fragilise toute autorité, plus personne n'a de respect pour ceux qui nous gouvernent, le "tous pourris" devient la pensée majoritaire; la contestation, le réflexe; et le soutien à une position d'un homme politique, une marque d'allégeance aveugle doublée d'une faiblesse d'esprit.

Je trouve donc que l'on passe trop de temps à critiquer et pas assez à expliquer; si les journalistes n'adoptent pas bientôt un ton davantage pédagogue et moins sceptique par réflexe, les citoyens ne risquent pas d'adoucir leur perception des hommes politiques.

Posté par Slobodan à 19:13 - Politique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 février 2007

Alain Duhamel mis au placard

Je viens d'apprendre que le chroniqueur Alain Duhamel, officiant sur France 2 et RTL, vient d'être interdit d'antenne jusqu'à la fin de la campagne présidentielle pour avoir déclaré lors d'un débat, au détour d'une réponse à une question, il y a quelques mois, qu'il voterait pour Bayrou. On le suspend pour partialité. Je trouve cette suspension débile, et je vais vous dire pourquoi, chers lecteurs si avides, ce soir, je le sens, de savoir ce que j'en pense, sinon vous ne seriez pas en train de vous caresser la joue d'une main tremblante en m'interpellant ainsi : "Oh oui Slobodan, vas-y, dis-nous ce que tu en penses, oh oui, ahh, et tant que tu y es, fais-moi l'amour! Oui, prends-moi! Prends-moi, Edouard! Laisse-moi t'appeler Edouard, j'ai envie!"

Bêêê revenons à nos moutons.
Sur divers forums, l'on voit fleurir les commentaires du style "ouais, c'est encore un coup de Big Brother-Sarko! Il est partout, comme il est ministre de l'intérieur, il passe un coup de fil et il vire qui il veut!"

Moi, si j'étais aussi parano (mais je ne le suis pas), je dirais plutôt que c'est un coup de Bayrou. Mais si ! Quelle aubaine pour lui ! Un journaliste qui se fait baillonner parce qu'il s'est prononcé en sa faveur... N'est-ce pas là la preuve irréfutable que les pouvoirs, les puissants et les médias sont de mèche pour le faire taire, lui, le seul à avoir tout compris, le centriste qui dérange à droite comme à gauche?

Mais soyons sérieux deux minutes. Outre le fait, que, depuis 1981, la presse n'est plus contrôlée par le pouvoir politique grâce à une loi promulguée sous Mitterrand, et donc l'est par l'argent, et que le coup de fil de Sarkozy ou un autre serait tout bonnement sans effet, je souhaite porter à votre attention un argument supplémentaire qui laisse à penser que ce genre d'accusation est débile.

Tout un chacun sait bien qu'aujourd'hui, tout se sait. Hollande et Eric Besson, chargé du chiffrage du projet socialiste, s'engueulent ? Ca filtre. Le microcosme médiatique est devenu une passoire. Personne n'a donc intérêt à orchestrer en sous-main un truc qui va forcément se savoir, puisqu'il sait bien qu'on va penser qu'il est derrière! De plus, la presse, comme je l'ai dit, n'est plus contrôlée par le pouvoir. Elle est soumise à la concurrence, donc au marché, donc aux chiffres de vente et à l'audimat, et donc... au scoop, et à rien d'autre. Plus un truc va gêner les hommes politiques, plus il sera explosif, plus il sera relayé par la presse. Si ce n'était pas vrai, on n'aurait pas entendu parler du Ségo-patrimoine et du scooter du Sarko-fils. Donc vous pensez bien que si un homme politique essaye de soudoyer un journaliste, ça fera un scoop.

Je pense au contraire qu'aujourd'hui, plus un truc est louche, moins il est suspect. Sauf si l'auteur du "truc" est vraiment très con... Et quoi qu'on pense de lui, je ne pense pas que Sarkozy soit très con.

Si la mise au placard de Duhamel a été faite de façon transparente, elle n'en est pas moins, de mon point de vue, totalement stupide. Un chroniqueur dit ce qu'il pense... Et alors ? C'est le but, que je sache ! Quand Ruquier dit pourquoi il est de gauche à 22h sur France 2 (la même chaîne !), on ne lui demande pas de comptes... Et pourtant, lui aussi reçoit des hommes politiques ! Quand Jean-François Kahn, rédacteur en chef de Marianne, fait des couvertures outrancières du style anti-Sarko, personne ne se demande s'il doit arrêter le journalisme politique...

Présenter les informations et faire un commentaire n'implique pas les mêmes obligations... Quand on lit une dépêche AFP, on doit la lire, un point c'est tout. Mais quand on demande de COMMENTER... On demande autre chose que de relire la dépêche sur une autre intonation! Qu'est-ce que commenter sinon donner son avis?

Par ailleurs, je préfère un chroniqueur qui dit ouvertement ce qu'il pense à un présentateur de Flash info se prétendant objectif, mais qui fait passer ses impressions par des attitudes, des intonations ou des choix d'angle sur l'information qu'il traite - pas forcément consciemment d'ailleurs.

De deux choses l'une : soit on fait dire les infos par des robots, soit on autorise les journalistes à dire ce qu'ils pensent. Présenter le JT en restant totalement objectif est déjà impossible, alors, faire un commentaire...

Posté par Slobodan à 01:05 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 décembre 2006

Généreux et inefficaces

Dans les innombrables propos de comptoir, comme dans les débats politiques, il y a, je trouve, un  raisonnement économique que l'on n'entend pas assez, et qui est pourtant d'une simplicité désarmante pour exprimer, non pas ce qu'est le blues, mais le besoin qu'on a de changer l'état d'esprit des gens dans leur rapport aux patrons et à l'entreprise. Je m'en vais vous l'exposer, et vous allez voir, c'est très court, très simple, et assez inattaquable.

La France est comme une grande gourde pleine d'eau. Cette gourde est percée, et l'eau s'en échappe inexorablement. La gauche, généreuse par nature, se dit "dans le pays des droits de l'homme, on ne peut pas laisser la gourde se vider." Alors ils remettent de l'eau dans la gourde. Mais comme l'eau s'écoule toujours par le trou, elle continue de se vider, alors ils remettent, encore et toujours, de l'eau.

L'eau, c'est l'argent et l'emploi. L'argent et l'emploi se barrent de France. Alors les socialistes, pour remplir la gourde, injectent subventions, allocations et emplois aidés sans s'attaquer aux causes de la fuite de l'argent. C'est sans fin. Or qu'est-ce qui produit de l'argent et des emplois ? Les entreprises, les riches, les patrons. Il faut donc les retenir si l'on ne veut pas que la fuite se poursuive.

Or les mesures de gauche sont des contraintes vis-à-vis des entreprises et des riches (difficulté de licenciement, coût accrû de l'embauche, impôt sur les sociétés, impôt sur la fortune), qui vont donc se barrer, emportant avec eux l'argent et les emplois.

Mettre de l'eau, c'est bien, mais si on ne bouche pas le trou, ça ne sert à rien.

Voilà comment, avec les meilleures intentions du monde, on appauvrit le pays.

Franchement, qu'est-ce qu'on peut redire à ça ?

Posté par Slobodan à 12:10 - Politique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 octobre 2006

Artistes engagés

J'ai une pensée : pourquoi, quand Giscard joue de l'accordéon, et quand Bill Clinton joue du saxo, on ne les prend pas au sérieux, alors qu'on écoute Cali et Jamel Debouzze parler de politique ?

Posté par Slobodan à 20:18 - Politique - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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