12 août 2006
Le bonhomme Carambar
Voici un nouvel exercice de style en binôme avec La Féline. Les contraintes sont : faire apparaître un ténor, un parapluie et un bermuda lors d'une scène où un bonhomme carambar est suspendu au plafond.
Bien sûr bien sûr. Voilà le résultat ! Vous pouvez lire la version félinienne ici :
http://unrevedepapillon.canalblog.com/archives/2006/08/12/2452798.html
New York, 1er mai 1955.
04h58. DANS LA TETE DU PERSONNAGE N°1
"Voilà deux heures que je suis là, terré dans ma vieille Lincoln, à attendre que quelque chose se passe. "Suivez-le ne serait-ce qu'une soirée, et je suis sûre que vous trouverez matière à justifier ma demande de divorce", avait cru bon de me crier Mrs Mac Gimelstob, cette vieille bique, dans les oreilles, à grand renfort de postillons. A croire que mes lobes criaient "lubrifiez-moi ! Lubrifiez-moi !" Non mais vraiment...
La vieille était tellement persuadée de ce que son mari la trompait qu'elle m'avait même promis le double de mon salaire en cas de filature ennuyeuse. "Avec les moeurs de mon mari, vous en aurez certainement pour votre compte de vieux pervers - je ne dis pas ça contre vous en particulier, détective, je m'appuie simplement sur le fait que vous êtes un homme. Cela ne vous vexe pas que je dise ça ?" Non, vieille figue. Vous pouvez me dire ce que vous voulez, cela ne me fera rien. Je dirais même que le fait de me faire traiter de pervers par un gros et gris morceau de viande froide, aussi frustré qu'un kamikaze japonais à Pearl Harbor sans kérosène pour décoller, ressemble plutôt à un compliment.
Ouais. En attendant, je n'ai pour l'instant pas grand chose à me mettre sous la dent. J'ai suivi son mari, je l'ai vu rentrer dans cet immeuble, et depuis plus rien. Pourtant, j'ai du matos avec moi. Mais même avec mon téléobjectif X38, pas moyen de voir quelque chose. Enfin si, il y a cette fille, au troisième étage, allongée sur son lit, visiblement en train de se donner un peu de plaisir en solitaire. Elle a les yeux exorbités et n'arrête pas de pousser des cris, bouche grande ouverte. Elle au moins, elle a l'air de ne pas s'ennuyer !
Mais à part elle, rien. Alors que son mari soit urologue, pédophile, zoophile, gérontophile, ou prendsloseilleetfile, pour l'instant, qu'est-ce que je m'emmerde ! Et j'ai faim en plus. Je sortirais bien de mon cercueil roulant pour aller au coin de la rue, du côté de l'estafette du vendeur de pava, cette espèce de poulet très gras, importé d'Italie. Mama mia, je me damnerais pour en croquer un tout de suite. Mais non, hors de question de m'exposer à une colère de Mme l'épouse, et donc à une nouvelle lubrification auriculaire. Plutôt crever de faim !
Qu'est-ce que je m'emmerde... Mais elle va jouir, cette conne, oui ? A se tortiller comme ça, elle va finir par casser son lit !
Bon, visiblement, je n'aurai aucune photo intéressante si je reste ici... Allez, j'attrape mon Kodak et je vais au charbon. Un digicode ? Pas de problème... Tout bon détective privé possède sa clef passe-partout PTT, "empruntée" à un ami facteur... Clic, et voilà !
Tu parles d'un endroit lugubre... Remarque, quel couloir désert n'est pas lugubre à 5h du mat' ? Alors, écoutons, guettons les bruits de sexe. Tiens... Derrière cette porte, là... C'est l'appart de la fille de tout à l'heure... Je me demande si elle a enfin terminé ! Hop, je passe par la fenêtre. Parfait ! Un balcon... Sans l'absence d'un bon verre de vin présenté sur un plateau d'argent, j'aurais juré qu'on m'attendait. Alors, voyons voir... Ah oui, je la vois... Comme de loin, mais en plus près. Tiens, ça c'est de la phrase bonhom - mais ! Qu'est-ce que je vois ?? Eh bien ! Moi qui croyais qu'elle parlait toute seule en fixant le plafond, plongée dans son extase... Tout s'explique !"
04H58. DANS LA TETE DU PERSONNAGE N°2
"Non mais je te jure. Nom d'un bougre de fichtre de diable. A quoi j'en suis rendu. D'accord, en ce moment, les affaires ne vont pas très bien. Il devient bien difficile de vivre de ma passion. Je suis même obligé de vendre des poulets de mon pays pour me faire un peu d'argent, en attendant la gloire de ce côté de l'atlantique. J'espérais qu'en le traversant, j'accéderais à une nouvelle gloire. J'étais prêt à repartir du bas de l'échelle.
Mais accepter de m'abaisser à ça... Pourtant, je m'étais juré de ne jamais me produire ailleurs que sur de belles scènes. Le pire, c'est que si j'avais été raisonnable, je n'aurais même pas eu besoin de cet argent. J'en gagne déjà pas mal avec mes pavas. Ca aurait dû largement suffire à me faire subsister... Mais non, il a fallu que je m'endette pour m'acheter une plus grosse estafette, pour vendre plus de pavas. Pffff. C'est bien moi, ça. Je ne peux pas m'arrêter. A table, c'est pareil. D'ailleurs, je paye le prix de ma gourmandise en ce moment même. Qu'est-ce que je me sens à l'étroit... Il pourrait meubler l'appart de son amante avec autre chose que des petites armoires Ikea, quand même !! Regardez-moi ça, je suis obligé de ne respirer qu'une fois sur deux pour éviter de trop faire bouger les portes ! Tout ça à cause des problèmes d'érection d'un vieux millionnaire excentrique... Tiens, j'espère que le ventilateur va se décrocher !
Bon, il se décide oui ? En plus d'avoir des problèmes d'érection, il a des problèmes de prostate, aussi ? C'est pas possible ! Ah, ça y est. Bon, j'y vais. J'ai mon parapluie ? Ok. Pfff... En plus, me faire chanter un truc pareil... Allez, on y va. Pense que tu es en train de jouer Carmen."
04H58. DANS LA TETE DU PERSONNAGE N°3
C'est la dernière fois. La DERNIERE FOIS que j'accepte un truc pareil. Ok, il m'offre des bijoux. Ok, il est gentil avec moi. Ok, il m'a promis une partie de son héritage. Ok. Mais là, c'est trop.
Déjà, j'ai été bien gentille d'accepter le coup de la fraise Tagada. Tout le monde ne l'aurait pas fait. Surtout pas sa femme, tiens, cette vieille bique. Elle ne pourrait pas exciter qui que ce soit. Elle ne peut même pas s'exciter toute seule. Je me demande si elle a déjà mouillé dans sa vie. Tout ce qu'elle est capable de lubrifier, ce sont les oreilles de ses interlocuteurs.
Tagada, d'accord. Mais là, je dis taratata. Il y a des limites à ne pas dépasser. Et là, franchement, on a dépassé la limite. Enfin. J'ai dit oui, alors on va aller jusqu'au bout... Par contre il va falloir qu'il se décide, le chéri. Je commence à fatiguer moi ! Je veux bien me tortiller comme une actrice porno sur mon lit, mais pas trois plombes non plus ! Ca ne devrait plus tarder, maintenant.. On lui a quand même fait boire deux litres ! Ca va bien finir par venir, non ? Ah ! Ca y est... Il enlève son bermuda...
NEW YORK TIMES du 2 mai 1955
LE MILLIONAIRE MAC GIMELSTOB MORT DANS LES BRAS DE SON AMANTE
"Il était 5h01 du matin lorsque le drame est arrivé. L'accident, rocambolesque au possible, s'est passé dans un immeuble résidentiel sur Lexington Avenue, où vivent principalement des gens sans histoires... Voire sans histoire. Le gardien, par exemple. "La seule anecdote que je puisse vous raconter, c'est au sujet de mon chat. Il y a 5 ans, il a disparu. On l'a retrouvé le soir même chez Mme Brubaker, au 2ème. Voilà, c'est tout."
George Philips, locataire du 4ème étage, dormait profondément, ce jeudi, lorsque le drame est arrivé. "Ben, je dormais, et puis j'ai entendu un grand bruit sourd juste sous moi. J'ai tout de suite pensé au ventilateur de Melle Sandy, la jolie caissière qui habite au-dessous. J'étais venu lui réparer une fois, mais il ne m'avait pas l'air bien solide. Je lui avais conseillé d'en changer, car j'étais persuadé qu'un jour il tomberait tant il était branlant."
Sandy Marshall aurait mieux fait d'écouter son brave voisin. Elle a peut-être songé au conseil de M. Philips, en voyant s'approcher d'elle la grande hélice de son ventilateur Leader Price. Mais pour elle, ce n'est pas la qualité de la marchandise qui est en cause.
"Non, mon ventilateur n'y est pour rien, grommela-t-elle sur sa civière, peu avant d'être emmenée à l'hôpital. Demandez plutôt à Super Carambar, là. Abruti !" Ce dernier mot, elle le prononce en jetant un crachat en direction du corps du millionnaire Mac Gimelstob, étendu sur le lit trempé. Le vieil homme est affublé d'un étrange costume jaune s'apparentant au célèbre bonbon.
Mac Gimelstob n'est pas le premier homme en vue à être retrouvé mort dans des circonstances embarrassantes. Mais il semble qu'il ait tout de même décroché le pompon, en plus du ventilateur. Le détective privé Tom Gatsby, présent sur les lieux alors qu'il filait Mac Gimelstob pour le compte de sa femme, nous livre son témoignage :
"C'est assez dingue. En 10 ans de carrière, je n'avais encore jamais vu ça. J'ai été témoin de pas mal de choses ; des vieux devenus incapables de bander demandant des choses dingues à leur amante, je connais, le principe est vieux comme le monde. Mais arroser la chambre avec son urine accroché à un ventilateur pour imager l'arrosage automatique du gazon de madame, qui plus est déguisé en carambar, non, je n'avais jamais vu ça."
Luciano, jeune vendeur de pavas au coin de la rue, était lui aussi sur place, puisque engagé par Mac Gimelstob lui-même. Il ne partage pas l'analyse du détective privé.
"Le détective se trompe complètement, ce n'est pas ça du tout. D'accord, Mac Gimelstob avait des problèmes d'érection, et c'est ce qui l'a motivé à mettre un peu de piment dans sa vie sexuelle. Mais il n'y pas que ça." Luciano a raison. le millionnaire, héritier du plus grand empire de confiserie du pays, était un être complexe, aussi bien passionné de jardinage que de comédie musicale. "Un homme très raffiné, grand amateur d'art devant l'éternel. Ainsi il a voulu reproduire, dans l'intimité de sa propre vie sexuelle, un des plus grands moments de comédie musicale américaine. La mise en scène était peut-être maladroite, mais elle avait été longuement réfléchie. Il avait même engagé un directeur artistique pour perfectionner les plus petits détails. Simplement... Il a mal calculé son coup. Dommage, l'ambition était louable."
Ainsi, le jeune homme, de son accent italien, affirme sans hésiter qu'il ne regrette pas sa participation au fantasme mis en scène par le millionnaire.
"Non, pas une seconde, même si j'aurais préféré chanter autre chose que "Chantons sous la pluie". Ce n'est pas mon répertoire, mais j'ai tout de même accepté tant le challenge était intéressant. Vous savez, attendre dans un petit placard pour surgir au moment où la "pluie" tombe, parapluie en main, et entonner "Chantons sous la pluie", sans avoir pu s'échauffer la voix au préalable, ce n'est pas si évident. D'autant que, le pauvre homme étant bien vieux, on se savait pas trop quand il allait enfin pouvoir déclencher la pluie. Il fallait être sur le qui-vive sans jamais se relâcher au cours de ces quelques heures d'attente. Non, je ne regrette pas, d'autant que ma prestation m'a d'ores et déjà valu quelques rendez-vous. Ma carrière est enfin sur le point de décoller de ce côté de l'atlantique. Je vais montrer aux américains de quoi sont capable les ténors italiens ! J'ai tout pour réussir. Pour tout vous dire, une seule chose me manque aujourd'hui : un pseudonyme ! "
Ainsi va la vie ; la jet-set perd un de ses plus grands excentriques, mais elle en gagne un autre. Ainsi, nous souhaitons la meilleure des chances au jeune ténor vendeur de pavas rôtis.
S.M.
08 août 2006
Politiquement incorrect
Voici ce que je pense de la gauche et de la droite.
C'est très très long, mais la politique ne peut pas se résumer en trois lignes, et c'est bien là le drame : les hommes politiques savent très bien qu'ils ne peuvent pas se permettre de rentrer dans le détail. Pour passer à la télé, d'une part, et pour se faire écouter de l'électeur lambda d'autre part, il en est réduit à résumer sa pensée et à rentrer dans de larges stéréotypes, qui transforment le politique en monstre ou en ange aux yeux des gens.
A la fin de cet article, certains d'entre vous vont m'adorer, et d'autres me détester. Je pourrais très bien modérer mon propos pour que vous m'aimiez tous, mais c'est précisément cette envie d'être apprécié par tout le monde, qui, à mon avis, a mis le pays dans une situation dont trop peu de gens réalisent la gravité. Alors je ne vais pas me mettre, moi, sur un obscur blog, à sacrifier l'honnêteté sur l'autel de l'apparente gentillesse.
Je pense que tous les jeunes sont de gauche parce que les jeunes ont envie d'être généreux, et qu'il est très généreux de régulariser tous les sans-papiers, de prendre aux riches pour donner aux pauvres, et d'augmenter le smic. Bref, de voter socialiste.
En ce moment, on parle beaucoup des sans papiers. Voici ma position :
Je pense que les immigrés sans papiers ont raison de tenter leur chance. Dans leur pays, c'est la merde ; ici, c'est la merde aussi, mais moins. Mais si on les régularise, ça va se savoir. D'autres vont venir. Il faudra les intégrer, avec des emplois. Mais ils n'en trouveront pas. Il n'y en aura plus. Il n'y en a déjà plus. Même pour un blanc diplômé, alors pour un arabe ou un noir, n'en parlons pas. Alors pour ne pas que l'on dise qu'on a pas de coeur, on va les mettre dans des HLM avec des allocations. Et comme on a pas les couilles de dire "on accepte pas tout le monde parce qu'on pas assez de place pour tout le monde", on les laisse venir, on les laisse se casser les dents sur un système qui ne peut pas les accueillir, et on cause leur perte ainsi que celle de tous ceux qui vont les suivre. Ne pas dire "stop, on ne peut plus", c'est criminel. Renvoyer quelqu'un dans son pays, c'est moche pour la personne qui se fait renvoyer. Mais c'est essentiel pour la préservation de ceux qui restent et de ceux qui auront renoncé à venir. Si on ne rend pas difficile et risquée la perspective d'émigrer clandestinement, les pauvres d'ailleurs vont continuer d'essayer, et ils auront raison. Jusqu'à ce que notre pays soit appauvri par les pauvres, et que nous ne puissions plus aider les pays pauvres puisque nous en serons un aussi. Et le nivellement, l'égalité par le bas, c'est l'idéologie du gentil socialiste :
CE QUE PENSE L'HOMME POLITIQUE SOCIALISTE :
"Je refuse de provoquer aujourd'hui la détresse d'un être humain. Je vais le sauver, à tout prix. Même si ça veut dire provoquer des catastrophes sur le long terme. Je vais régulariser tous les sans papiers. Je vais proposer aux gens de partir 5 semaines en vacances. Je vais leur proposer de travailler moins. Parce que je suis généreux, et que je veux que les gens soient heureux. Je ne vais pas faire diminuer les indemnités des intermittents du spectacle même si en l'état actuel des choses, le système d'indemnisation est voué à la faillite. Je vais augmenter le smic. Je vais faire passer plein de mesures pour améliorer la vie des gens aujourd'hui. Parce que j'aime les gens, et que les gens veulent travailler moins, avoir plus d'argent, partir plus tôt en retraite, garder leurs privilèges. Je ne vais pas demander aux fonctionnaires de travailler aussi vieux que les gens du privé. Ca les fâcherait. Je ne vais pas empêcher 5 % de la population d'empêcher les 95 autres de travailler parce qu'ils font grève. Ca fâcherait les gardiens de la démocratie, penseurs et journalistes. Et moi, je ne veux fâcher personne. Je veux que les gens soient heureux. Je veux que les gens m'aiment.
Non non, laissez, vous n'aurez rien à payer. Vous n'aurez aucun effort à faire. On va emprunter de l'argent aux autres pays. On va faire comme les familles, on va vivre à crédit. On va rembourser les intérêts en empruntant encore plus. Ce qui va générer encore d'autres intérêts. Pour en payer une petite partie quand même, on va demander à ceux qui ont de l'argent. C'est normal. Dans une famille, c'est le père de famille, en tout cas celui qui travaille, qui paye. Alors on va demander aux entreprises et aux riches. Ce sont eux qui ont l'argent, ce sont eux qui vont payer.
Alors oui, d'accord, peut-être que les riches décideront de se barrer dans des pays où on leur demandera moins d'argent, auquel cas ils ne paieront plus du tout d'impôts et ne donneront plus rien à la France, ce qui ne va pas arranger notre compte en banque. Les entreprises vont peut-être perdre un peu de marge de manoeuvre à cause des taxes. Peut-être qu'ils pourront moins engager, moins investir pour s'agrandir. Peut-être même qu'ils seront obligés de licencier pour se dégager un peu d'argent à investir afin de survivre face à la concurrence. Et quand ils auront réalisé qu'en Angleterre, avec moins de taxes et des employés moins chers, ils pourraient non seulement ne plus licencier mais embaucher plein de petits anglais et ainsi faire baisser le chômage là-bas, et qu'en plus ils savent qu'ils pourront licencier sans trop de problème, et que ce n'est pas un engagement contraignant d'engager, peut-être qu'ils envisageront une délocalisation. D'accord, la France perdra peut-être des emplois.
Ok, si on continue d'emprunter de plus en plus, les pays à qui on emprunte vont augmenter leur taux d'intérêt pour nous, exactement comme un mauvais conducteur paierait une assurance plus cher que quelqu'un qui n'a jamais eu d'accident. Ca coûtera peut-être plus cher d'emprunter, et on sera encore plus endetté. Il arrivera sans doute un moment où les pays arrêteront de nous prêter de l'argent, à force de voir qu'on ne les rembourse pas. Là, effectivement, je ne sais pas où on trouvera l'argent.
Oui, c'est vrai. Mais je suis socialiste, je suis optimiste, et je pense qu'on trouvera bien une solution quand on sera au pied du mur. Pour l'instant je n'en vois pas, mais je préfère ne m'occuper que des problèmes actuels. C'est ça qui intéresse les gens. Les conséquences ? Quelles conséquences ? Regardez : les gens ne sont-ils pas contents de travailler 4 heures de moins par semaine qu'il y a 10 ans ? Ne sont-ils pas contents de partir en vacances ? Les sans-papiers ne sont-ils pas plus heureux régularisés que clandestins ? Si ! Les gens sont heureux aujourd'hui, et c'est tout ce qui compte. Pour le reste, on verra après."
C'est une façon de voir les choses. Je l'admets. On peut décider de prendre des risques en laissant ceux qui viendront plus tard trouver des solutions pour les problèmes qu'on aura nous-mêmes créés. C'est une sratégie assez plaisante, puisque c'est la seule à être humaine pour tout de suite, c'est la seule qui ne laisse personne sur le carreau tout de suite.
Mais à vouloir sauver tout le monde, on ne peut sauver personne. Un homme politique, qui a forcément réfléchi à ces sujets, doit être soit stupide, soit aveuglé par sa conscience pour ne pas comprendre qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. Même si, parfois, les oeufs sont des gens. Si on ne fait pas d'omelette, plus personne n'aura à manger. Même l'oeuf qui n'aura finalement pas été cassé ce midi finira par crever de faim dans quelques temps.
C'est ce qui fait que les gens généreux par nature ne peuvent tout simplement pas ne pas être de gauche. Un humaniste viscéral ne peut pas accepter l'idée de sacrifier qui que ce soit. Etre de droite, en tout cas pour moi, c'est accepter de faire souffrir des gens aujourd'hui pour préserver l'avenir. Il faut pouvoir le faire, ce n'est pas à la portée de tout le monde. Certainement pas des gens qui risquent de se faire sacrifier aujourd'hui ; ceux-là, pour leur compte personnel, auraient bien tort de voter à droite, et feraient même mieux de voter communiste. Les gens dans la merde doivent sauver leur peau. On ne peut évidemment pas leur demander de se sacrifier pour l'avenir de leurs enfants et des nôtres.
C'est donc aux autres, ceux qui ne sont pas directement concernés par la misère du moment et qui ne seront donc pas sacrifiés, d'avoir le courage de casser les oeufs. et parce qu'ils sont les seuls à pouvoir le faire, j'estime qu'ils n'ont pas le droit de se soustraire à cette responsabilité. Oui, c'est pas facile de passer pour un salaud. Aujourd'hui, être de droite, ça revient à dire "toi, miséreux, tu vas peut-être souffrir sous peu à cause de mon vote." Etre de droite, c'est se prendre dans la gueule les accusations d'insensibilité, de manque de générosité et d'humanité. C'est se faire traiter de raciste par les partisans de la régularisation, alors que c'est justement parce qu'on considère les étrangers comme des êtres humains qui méritent de s'en sortir autant que nous, qu'on refuse de continuer de les attirer dans un piège à souris dont le morceau de fromage, déjà trop petit, va bientôt disparaître, et provoquer beaucoup de morts de faim, et non pas juste des jeunes qui s'emmerdent et le font savoir en traînant leur haine dans le métro, ce qui est déjà dramatique.
Etre de droite, c'est accepter que tout le monde ne nous aime pas. C'est le prix à payer pour être dans une situation favorable. Mais certains veulent le beurre, l'argent du beurre, le sourire et le cul de la crémière. Ainsi certains riches refusent de se salir la conscience. Ils veulent qu'on les aime. Ils veulent s'aimer. Ce qui est normal, mais irresponsable. C'est ce qu'on appelle les Bobos. Pierre Arditi, Guy Bedos, et tous les autres. Ces types dans la tête desquels se mélangent angélisme et nature généreuse, bonne conscience et mauvaise foi, ignorance et culpabilité d'être à l'abri alors que d'autres sont dans la merde. Pour autant, ils n'accueilleraient pas des sans papiers chez eux. Et puis quoi encore, il s'agit de politique, pas de charité directe. Et puis de toutes façons, aider une ou deux personnes ne résoudra rien, il faut agir en profondeur. Parfaitement d'accord, Pierre. Sauf que le socialisme, c'est précisément ça : mettre des petits pansements partout quitte à se ruiner en hansaplast, plutôt que de changer les meubles de place quitte à faire un peu de boucan.
Les socialistes regardent leurs pieds pour éviter le danger immédiat, c'est-à-dire les merdes sur le trottoir. Ils ne font pas attention au lampadaire qu'ils vont bientôt se prendre dans la gueule.
Que les choses soient claires entre nous ; je critique l'idéologie socialiste, et j'encense l'idéologie de droite ; pas les HOMMES politiques de droite. Critiquer Chirac, ce n'est pas critiquer la droite l'idéologie de droite. C'est critiquer une façon de gouverner, ou plutôt de ne pas gouverner.
1986 - 2007 : GAUCHE = DROITE
En 1981, Mitterrand est arrivé au pouvoir, avec ses idées et ses projets socialistes. Après quelques mois, il s'est aperçu que ses mesures avaient ruiné le pays, et que la reprise économique sur laquelle il avait tablé pour financer ses mesures révolutionnaires sur le plan social n'allait pas avoir lieu. Si l'honneur l'empêchait de faire marche arrière, il a aussitôt levé le pied. Autrement dit, il a fait du sur place, et a réalisé assez tôt que c'était à peu près la seule position qu'il pouvait se permettre en tant qu'homme de gauche. En 1988, pour sa réélection, il a carrément embrassé ce constat, en disant clairement qu'il n'allait ni privatiser, ni nationaliser - c'est ce qu'on a appelé le "ninisme". Pas de grosse réforme à venir. Il allait simplement gérer au mieux la France, un peu comme une infirmière qui reste au chevet de son malade, non pas pour lui enlever la balle qu'il a reçu dans le torse (elle n'a pas les outils), mais pour lui injecter un peu de morphine de temps en temps pour rendre la douleur supportable. Il ne gouvernerait ni à gauche, ni à droite. Cet état d'esprit pépère s'est retrouvé jusque dans le slogan de sa campagne : "La force tranquille".
En 1986, Chirac était le premier à ne pas accepter cette situation de contentement. Devenu premier ministre, il avait dans l'idée de remettre les choses à l'endroit. Mais apparemment, la mort d'un jeune immigré pendant une manifestation contre une réforme de l'éducation l'a complètement paralysé. Il a retiré sa réforme. Dès lors, il ne bougera plus d'un poil de sa conviction : une réforme qui fait du grabuge n'est pas une réforme acceptable. Or, avec le corporatisme régnant en France, les talents oratoires des syndicats, amplifiés par les médias dont le seul but est de sensationaliser l'info, et donc de faire porte-voix pour les grandes gueules, les manifestations partent comme des pétards ; toute réforme fait du grabuge, bien souvent à partir de rien, mais qu'importe ; Chirac est traumatisé, pour lui la France est une grande malade qu'il faut veiller sans vraiment soigner, sinon elle va crier de douleur dès qu'on approchera la main du bistouri. Il a pris la suite de Mitterrand. La suite du ninisme. Chirac ne fait pas de droite. Il ne fait pas de gauche non plus. Il ne fait rien, or un pays qui ne fait rien en 25 ans alors que le monde se mélange, que les frontières s'ouvrent, que les entreprises s'exportent alors qu'autrefois elles restaient ici sans se poser de questions... C'est un pays qui s'enkyste.
On a besoin de la droite, mais une vraie droite. Les gens ont peur de la vraie droite, et pourtant, ils veulent du changement. La preuve, ils font s'alterner les majorités sans exception depuis 20 ans. Tout ce qu'ils savent, c'est que ça ne va pas. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'il n'y a pas vraiment eu d'alternance dans les faits.
L'immobilisme s'est succédé à l'immobilisme. Avec, de temps en temps, des tentatives de réforme, à droite comme à gauche. Juppé, 1995, la réforme des retraites. Balladur, en 1993, le CIP. Villepin, en 2006, le CPE. Claude Allègre, avec la réforme du service public de l'éducation. A chaque fois, d'immense tollés. La levée de boucliers désormais traditionnelle des post 68ards nostalgiques, bien que risible, peut suffire à mettre le feu aux poudres. Le plus gros des glands peut allumer une mèche. Entre l'alter mondialiste faucheur d'OGM persuadé d'être dans son bon droit quand il protège son village comme Astérix, alors que l'envahisseur n'est pas un empereur véhément mais tout simplement une étape de l'Histoire, l'ancien ministre revanchard, le Vert frustré de savoir qu'il ne sera jamais aux commandes, et le syndicaliste haineux par défaut à l'égard de tout ce qui se trouve au-dessus de sa tête, il y en a toujours un qui se trouve au bon endroit, au bon moment, pour faire monter la sauce.
C'est une réalité, nous sommes tous devenus des vieux avant l'âge, tout juste capables de râler du temps qu'il fait, tout en s'accrochant au présent, refusant tout changement de nos petites habitudes. Vieux et frileux. Tout gouvernement souhaitant garder la main se doit d'avoir les couilles de dire "écoute papy, tu ne discutes pas, tu vas te coucher." Mais avec Chirac et Mitterrand, les gens se sont habitués au fait que la rue parle plus fort que le pouvoir. C'est Papy qui fait la loi à la maison. La modernité en marche !
Les gens sont tellement encroûtés, enfermés, aveuglés par le ninisme instauré depuis 25 ans, que leur perception s'en voit altérée. Ils voient tout en exagéré, comme avec des loupes de lecture pour vieux (on y revient). Ainsi quand Nicolas Sarkozy se met à faire des réformes, on dit que c'est un hyperactif. Qu'il ait le malheur de faire une loi sur l'immigration, et hop, c'est un xénophobe comparé à Lepen sur les affiches d'Act Up, de quoi je me mèle d'abord. Quiconque parle d'assouplir les conditions d'embauche et de licenciement passe pour un ultra-libéral. Villepin part du principe qu'un jeune non qualifié est mieux avec un emploi fragile qu'avec pas d'emploi du tout ? C'est un esclavagiste à la solde des grands patrons. La réforme est devenue mauvaise par nature dans l'esprit des gens. Ils sont à la fois insatisfaits et contents de leur présent. Ils voudraient en avoir un autre sans avoir à passer par le changement...
Sans parler d'idéologie, on a surtout besoin d'en finir avec le ninisme, ce non-sens, ce paradoxe de l'action politique qui n'en est pas une. Il faut donc quelqu'un qui a une vision pour changer des choses en profondeur. Moi, j'ai trouvé du contenu dans le bouquin de Sarkozy. Je comprends qu'on n'aime pas. Mais un programme dont la mesure phare est l'augmentation du Smic à 1.500 euros ne me paraît pas transpirer l'envie de bouleverser les choses, mais plutôt le souhait d'aménager la souffrance des gens pour qu'elle soit supportable, sans chercher plus que ça à y mettre un terme. Comme la loi du gouvernement Jospin sur l'immobilier, qui oblige les communes à avoir un certain pourcentage de HLM sur son territoire, quitte à casser des maisons. Mais ce n'est pas une surprise : le PS a tout intérêt à maintenir la France sur un lit d'hôpital : c'est son fonds de commerce. Tout ce que j'espère, c'est que la droite va enfin se déchiraquiser pour de bon, et se démarquer de l'héritage mitterrandien qu'elle assume sans le dire depuis 20 ans... Et qu'on ait une véritable opposition gauche-droite.
Maintenant, lecteurs de gauche, je vous aime bien quand même hein !! Si j'ai tenu 3 ans avec une fille de gauche, je peux bien tenir avec vous dans ma bloggosphère ;)
06 août 2006
Ca commence par un radiateur et ça se termine en orbite
Oyez, oyez, mesdames et messieurs. Voici le fruit d'une collaboration avec le commandant La Féline, désormais membre de l'état-major serbe. Nous nous sommes lancés un petit défi : écrire chacun de notre côté un texte d'une cinquantaine de lignes qui commence par radiateur et qui se termine par orbite. Sans doute le premier d'une longue série, donc... Stay tuned ! Vous pouvez lire le texte félinien ici : http://unrevedepapillon.canalblog.com/archives/2006/08/06/2406104.html
"Radiateur, ô mon beau radiateur, est-ce toi ? fit le glaçon.
- Oui, mon beau, c'est bien moi.
- Quelle joie de te revoir... Des mois sans pouvoir ressentir ta chaleur destructrice... Sans nouvelles de toi, tu sais, je me glaçais les sangs.
- Et moi donc ! Et puis, tout un été dans un placard, c'est dur. Souffrir de la chaleur alors qu'on est habitué à réchauffer soi même, c'est un peu la honte.
- Oh, radiateur, dis-moi de belles choses, fais-moi rêver ! Fais-moi croire à un avenir commun pour nous deux !
- Tu sais bien que nous vivons un amour impossible... En mai, on te forme, alors même que l'on me range au grenier. Et quand enfin je peux en sortir, vers le mois d'octobre, c'est toi que l'on cache. Mais ce moment commun, aussi court soit-il, me donne, comme un soleil qui tutoierait la nuit, l'énergie nécessaire pour tenir tout l'hiver et me réchauffer le coeur.
- Oh, Radiateur, tu me fais fondre !
- Ta présence m'est rafraîchissante, tu sais.
- N'y a-t-il donc pas un moyen de vaincre le signe indien ? De conjurer le sort ? Partons tous les deux, là où rien ne nous séparera, là où il n'y aura rien à réchauffer, et rien à refroidir ! Là où il n'y a pas d'air, on ne nous fera pas travailler ! Radiateur... Et si le luxe, c'était l'espace ?
- Je ne sais pas, glaçon... C'est beaucoup d'engagement ! Et puis... J'ai tout de même des attaches, tu sais...
- C'est cette salope de climatiseur, c'est ça hein !!
- Allons, glaçon, on en a déjà parlé...
- Il te rafraîchit plus que moi, c'est ça ?
- Mais non, tu sais bien que non... C'est... Différent, voilà tout. Tu ne peux pas me demander de vous comparer.
- Je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouves. Il est gros et bruyant !
- Il est différent, c'est tout.
- Dis-moi ce qu'il a de plus !
- Eh bien... Il est bi. Il peut à la fois réchauffer et rafraîchir.
- Oui, je sais ce que tu espères. Tu espères qu'un jour, j'accepte de faire un trio avec toi et lui ! Non mais tu me prends pour qui ?? Un vulgaire ventilateur ? Je ne peux pas souffler sur n'importe qui, moi... J'ai besoin d'être proche des gens, de sentir un contact réel... Sans quoi je ne me sens pas capable de rafraîchir, tu le sais bien.
- Je le sais, glaçon.
- Il te purge jusqu'au bout, c'est ça ?
- Glaçon...
- Réponds-moi !!
- Tu sais bien que c'est toi qui comptes.
- Alors emmène-moi. Loin !
- Et mon travail, tu y as pensé ? Tu crois peut-être que le Thermostat va m'accorder une année sabbatique comme ça ? Et la saison qui commence à peine !
- Je suis sûr qu'il te reprendra à ton retour...
- Arrête un peu ! Tu connais le petit Siemens d'appoint... Il n'attend qu'une chose, c'est que je tourne le dos pour prendre ma place ! "Gnagnagna, moi je suis plus léger, gnagnagna, je m'éteins plus vite..." Pfff... Je ne peux pas lui faire ce plaisir !
- Ecoute, radiateur... Je t'aime... Mais maintenant, tu dois faire un choix ! J'ai besoin d'affection, et tu n'es jamais là pour moi ! C'est bien simple, je... J'ai même hésité à essayer le froid.
- Toi, homo ?
- L'éventail, lui, au moins, il n'est pas toujours ailleurs ! Si j'ai besoin de lui, je sais qu'il est là ! Alors, d'accord, lui, il n'a pas de molette... Mais je n'ai pas forcément besoin de ça pour prendre du plaisir. Ce qui compte, c'est l'affection. L'affection n'a pas de température.
- Glaçon, je... Je ne sais pas quoi dire...
- Un peu de courage ! Je sais que tu veux me larguer. Fais-le pour moi, j'ai besoin de l'entendre. Je sais que tu es égoïste, que tu préfères ton travail, et que tu ne veux pas te figer dans un couple. Je sais, ça jette un froid. Mais moi, je ne veux pas d'un courant d'air.
- Oh, glaçon ! Je ne savais pas que tu souffrais autant ! Tu as raison. J'ai été égoïste. J'appelle le Thermostat pour lui dire merde. Le petit Siemens peut prendre ma place, je m'en fous. Viens, glaçon. Nous partons là où l'on ne nous jugera pas. Pas d'air à réchauffer ni à refroidir. Viens, nous partons en orbite."
26 juillet 2006
Alex Sandrin
Il était un homme appelé Alex Sandrin,
Qui n'avait jamais pensé finir en quatrain,
Mais ceci n'est pas un quatrain... ça tombe bien.
En effet vous y êtes peut-être habitués,
Et cela risque fort de vraiment vous saoûler,
Mais je vais, une fois encore, m'éterniser.
Alors que l'Alex axait sa vie sur l'action,
Dans le domaine de ces films du même nom,
On le traita de Schwarzenegger en haillons.
Il abandonna donc, abattu, bras ballants,
Son envie de briller ainsi sur grand écran,
Malgré les encouragements de sa maman.
Attristé, dévasté par telle désillusion,
Il se remit vite en tête une ambition :
S'ériger un jour dirigeant d'une nation.
Mais alors qu'il avait acheté la Floride,
Afin qu'aucun recomptage un jour ne le bride,
On le traita de Schwarzenegger apatride.
Car sans être un grand autrichien il est vrai,
Il était quand même ennuyeux qu'il fut français;
Bien sûr, qu'il ne fut américain suffisait !
Il réfléchit un court instant à une idée,
Celle de trois tonnes de fonte soulever,
Pour sur les podiums terminer homme musclé...
Mais là, il fut malin, sacré Alex Sandrin ;
Il anticipa la critique de chacun,
En disant "oh que non", il n'en sera rien !
En effet il se souvint d'un autre passé
Du grand autrichien vraiment très barraqué...
Dur de sa voie trouver quand on est fils caché !
25 juillet 2006
Superman, espèce de salaud !
Comment Superman fait-il pour ne pas devenir fou ? C'est vrai, avec ses pouvoirs quasiment illimités, on peut imaginer qu'il est capable d'empêcher à peu près n'importe quelle catastrophe. Il ne peut clairement pas être partout, ça c'est évident; mais comment fait-il pour prendre quand même le temps de faire autre chose que de sauver des gens ? En effet, chaque minute de son temps qu'il passe à ne pas sauver de gens, sont autant de moments d'horreur pour les gens qu'il ne sauve pas... Ce qu'il fait qu'à chaque fois qu'il prend un peu de bon temps, comme regarder Questions pour un Champion ou jouer à la Playstation, cela provoque indirectement la mort de personnes en danger ! Comment profiter des bons moments dans ces conditions ?
Pour ne pas lui laisser le choix du nombre de personnes à sauver, et ainsi libérer quelque peu sa conscience, l'on pourrait imaginer un syndicat des super-héros, avec une convention collective précisant le nombre de sauvetages que l'on peut exiger d'un Superman ou d'un Batman. Mais le principe des quotas est-il vraiment applicables à des types dont les pouvoirs sont aussi différents ? Il est évident que, dans une même périodicité, l'un obtiendra de meilleurs résultats que l'autre... Si fait qu'au bout de quelques mois d'application, cette convention provoquera certainement une manifestation massive de tous les héros moins forts que Superman... "On bosse trop !! Les 35 heures pour les non Kryptoniens !!"
"CENT MINUTES POUR CONVAINCRE", présenté par Slobodan
"Nous recevons le Ministre des super-pouvoirs. M. le Ministre, bonjour.
- Bonjour Slobodan (oui, j'ai été journaliste aussi).
- M. le Ministre, les super-héros sont dans la rue; ils protestent notamment contre le traitement d'égalité instauré par la convention collective de cette année, qu'ils jugent paradoxalement peu équitable; quelle attitude allez-vous adopter sur ce sujet ?
- Tout d'abord je voudrais dire que j'ai le plus profond respect pour les super-héros de France. Je tiens à leur dire ma plus profonde admiration, et à saluer leur courage et leur détermination dans la tâche qui est la leur.
- Et ils l'entendent certainement, mais comprenez-vous leurs revendications ? Certains disent que la convention favorise les plus avantagés, comme Superman, et laisse les petits porteurs de pouvoirs sur le carreau...
- Oui, je vois bien sur quel terrain vous voulez m'amener, Slobodan. Eh bien plutôt que de tourner autour du pot, demandez-moi une bonne fois pour toutes si je suis pour la discrimination positive !
- L'êtes-vous ?
- Non, je pense que c'est là une idée contraire aux principes de la République. L'égalité est un des trois grands préceptes de notre culture, et je n'entends pas revenir dessus.
- Nicolas Sarkozy clame que, la liberté, autre précepte français, n'est applicable que si tout le monde part du même point, et que, l'égalité n'étant pas systématique à la naissance, il faut aider davantage ceux qui en ont le plus besoin, que c'est cela, la fraternité ?
- Que Nicolas Sarkozy se contente de faire son travail, c'est-à-dire d'installer des radars automatiques là où nous en avons vraiment besoin : entre les gratte-ciel. Savez-vous que Spiderman a été chronométré à 75 km/h avenue de la Grande Armée, où la vitesse est limitée à 50 ? Imaginez un peu, si une jeune mère de famille s'était trouvée sur son chemin au moment de son passage !
- Spiderman, comme la plupart des super-héros, ne voyage que dans les airs, il y a donc peu de chances de voir une jeune femme sur -
- M. Slobodan, je ne vous ai pas interrompu lors de votre question, je vous prierai donc d'avoir l'amabilité de bien vouloir me laisser terminer. Vous êtes un journaliste d'une grande qualité, et vous savez mieux que quiconque qu'il faut respecter votre interlocuteur, et de cela je vous remercie. Le ministre de l'intérieur ferait mieux de s'occuper d'appliquer ses grands principes à tout le monde, et pas juste aux petites gens qui vont honnêtement travailler tous les matins, là où des dizaines de guignols en justaucorps se pavanent au bout d'une toile ou sous une cape.
- M. le Ministre, on vous prête des accointances avec le Parti Communiste, qui prône l'éradication des super-pouvoirs, ceux-ci étant néfastes pour le sentiment d'égalité des chances...
- C'est ridicule. Mon chien Krypto est doté de super-pouvoirs, et je lui porte une grande affection.
- Vous niez donc toute accusation d'égalitarisme au sein du ministère des super-pouvoirs ?
- Absolument. Avouez qu'un ministre des super-pouvoirs qui serait égalitariste, cela ferait tache - Oh pardon, quelle maladresse ! Je vous ai renversé du café sur votre costume...
- Ne vous en faites pas, je connais bien super-nettoyeuseàsec, elle m'arrangera ça en un clin d'oeil. Pour en revenir à notre question, les héros manifestants réclament la suppression des quotas de sauvetages actuels, avec prise en compte des différents super-pouvoirs de chacun; que comptez-vous faire ?
- Il y a des impatiences, des inquiétudes; je le sais, je ne suis pas sourd. Les super-héros non kryptoniens les ont exprimées, et je les ai entendues. Mais ils doivent garder à l'esprit que beaucoup de gens ne possèdent pas les pouvoirs qui sont les leurs, et ils devraient songer à eux plutôt qu'à leur destin personnel.
- Ne regrettez-vous pas la mise en place d'un service public des super-héros ? Certains disent que cela a considérablement modifié leur état d'esprit...
- Cela n'a aucun sens. Les fonctionnaires sont tous des gens travailleurs, et sont le ciment de notre république. Batman et les autres sont certainement très motivés par leur nouveau statut, qui, je vous le rappelle, leur offre d'intéressantes perspectives de carrière, avec une augmentation salariale substantielle de près de 3% à chaque nouvel échelon, franchissable tous les 7 ans, sans parler de la retraite à 55 ans. Je ne vois pas au nom de quoi nous traiterions les super-héros différement des pervenches. Telle est ma conception de l'égalité.
- Jean-Marie Le Pen s'est déclaré inquiet de la proportion de personnes de couleur dans les rangs des super-héros...
- Il serait temps que Jean-Marie Lepen comprenne que tous les héros ne peuvent pas s'habiller en blanc, et ce pour des raisons de camouflage évidentes. Si nous relookons Superman, nous ne pourrons plus l'envoyer incognito à Disneyland, ni même l'affecter à la suveillance des guirlandes de noël au mois de décembre.
- A l'inverse, SOS Racisme s'est déclaré scandalisé de ce qu'Iron Man, seul noir du contigent, doive s'affubler d'un scaphandre et d'un masque, et accusent les pouvoirs publics de lui avoir donné des consignes à ce sujet...
- Cette question ne relève pas de ma compétence; vous devriez plutôt poser cette question au ministère de la cohésion sociale.
- Ségolène Royal a émis l'idée de placer des jeunes en difficultés sous l'égide de super-héros. Quelle est votre position à ce sujet ?
- Mme Royal a raison de dire que nous n'avons pas à avoir honte de nos super-héros. Ils sont des citoyens français comme les autres. Néamoins, je ne suis pas sûr que d'inciter nos jeunes de banlieues à se jeter du haut de leur tour pour s'envoler au secours de la veuve et de l'orphelin va vraiment arranger nos affaires. Je la suspecte d'un petit parti pris compte tenu de ses liens avec la famille des super-héros.
- Vous faites référence à Super-secrétaire, à qui l'on prête une ressemblance frappante avec son conjoint, François Hollande ?
- Il ne m'appartient pas de faire de telles hypothèses; ce serait faire de la politique fiction, et moi, je ne fais pas de politique fiction.
- Monsieur le Ministre merci, à bientôt.
- Je ne m'appelle pas Merci."
22 juillet 2006
Goulag !
Ce matin, devant ma glace, je me suis dit :"Slobo, mon petit père, il faut te ressaisir. Les stats de fréquentation de ton blog sont aussi misérables que le nombre de poils qu'il te reste sur le menton après ce qui devait être un simple rasage d'entretien de ta barbe de 5 jours, effectué avec le rasoir de ton père, d'une efficacité napalmesque, alors que tu as l'habitude de te raser à la machette."
Non, fidèle lecteur, je ne sous-estime pas la valeur de ta présence. La sensation d'avoir tes beaux yeux gourmands au bout de mes doigts marathoniens est particulièrement jouissive, voire orgasmique. Néanmoins, vous le savez bien, pour tout dictateur, rien ne remplace le nombre dans la satisfaction de sa folie des grandeurs. Staline : 2 millions de déportés dans les goulags. Mao : 38 millions de morts de faim. Hitler : 5 millions de morts dans les camps. Slobodan : 194 visiteurs sur son blog. Vous avouerez qu'il y a comme un décalage indigne de mon statut.
Comment obtenir de beaux chiffres sur mon épitaphe ? Je pourrais certes verser dans la facilité en m'abaissant à copier les méthodes de mes prédécesseurs. Mais il y a plus que la simple quantité dans un chiffre; il y a aussi la créativité. Et s'il y a une chose dont je ne veux pas être taxé, c'est bien d'une tendance au mimétisme et à la carence d'idée. Le camp d'extermination restera à jamais le bébé d'Adolf, et je ne veux pas marcher sur ses plates bandes. J'ajoute que je trouve la mort par famine ou par chambre à gaz assez impersonnelle. Je n'ai jamais accordé beaucoup de crédit aux technocrates manœuvrant depuis leur bureau. Moi, je préfère mettre les mains dans le cambouis.
Seulement voilà, à tuer les gens un par un de mes mains, je risque d'avoir du mal à atteindre des chiffres impressionnants. Non, décidément, la mort ne peut pas être mon fonds de commerce. Je vais me rabattre sur les visites de mon blog.
Comment donc faire pour améliorer le trafic sur ces pages ? Là, pour le coup, je pourrais m'inspirer de mes aïeux spirituels: inspiration n'est pas copie, car dès lors qu'il y a adjonction d'une touche personnelle, l'on peut parler d'hommage et non de plagiat. Je pourrais ainsi reprendre l'idée du goulag, camp de travail imaginé par ce brave Joseph, qui n'était pas un mauvais bougre, au fond, mais qui était tout de même un peu susceptible. On se souvient notamment du pauvre Léon Trotsky, qui avait, lors d'une pyjama party chez Staline, demandé à notre moustachu : "Tu me passes ta brosse à dent ?" Joseph n'était pas à cheval sur les règles de l'hygiène dentaire, et n'aurait sans doute pas été choqué de devoir prêter sa brosse à dents, ce n'était donc pas là une phrase qui risquait de le courroucer. Malheureusement, Trostky était, au moment de prononcer sa phrase, en train d'éclater un pain de glace au piolet. Induit en erreur par le bruit de la glace, Joseph crut entendre "tu me passes ta brosse, Satan ?"; son sang ne fit qu'un tour. En effet, outre la comparaison avec le diable, qu'il n'apprécia guère, Joseph était très complexé par sa chevelure, qui ne lui permettait, à cause de son épaisseur et de sa raideur, que d'arborer des coupes en... brosse.
Ni une ni deux, il s'empara du piolet que tenait Léon, et entreprit de le punir comme il se devait. Léon parvint à s'enfuir au Mexique, mais fut retrouvé par un des agents de Joseph. Ainsi, lorsqu'il vit, ce jour d'août 1940, apparaître Ramón Mercader, un piolet à la main, il comprit aussitôt que son heure était venue.
Quoi qu'il en soit, l'on peut dire ce que l'on veut sur la susceptibilité de Staline, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle lui a permis d'accomplir de grandes choses, comme, donc, la mise en place du goulag. En quoi un goulag améliorerait-il mes stats me direz-vous ? Eh bien je vais vous le dire, parce qu'aujourd'hui il fait beau et que j'ai bien mangé : plutôt que de demander aux prisonniers de bêcher la terre ou de casser des pierres, je pourrais leur demander de passer leurs journées à visiter mon blog, et ainsi améliorer mes scores d'audience !
Je vois ça d'ici : un camp très bien organisé, avec d'immenses dortoirs en extérieurs. Non, ce n'est pas cruel, car, voyez-vous, le russe est fait pour vivre dehors. Il peut ainsi tenir sans problème dans le froid grâce à son épaisse fourrure, ainsi qu'à des glandes situées sous sa peau et sécrétant un sébum isolant. A moins que soit le chien, je ne suis pas sûr. En tout cas, un russe est malheureux en intérieur, puisque sans froid, il ne peut pas boire de Vodka pour se réchauffer.
A côté des dortoirs, des milliers d'ordinateurs, configurés pour avoir mon blog en page d'accueil. Leur journée de travail serait efficace tout en proposant des activités variées: à 6h30, dégel des claviers par soufflage buccal. A 7h, début de la consultation des pages web. Vers 11h, consommation d'une petite boisson revigorante à base d'essence de Slobodan (composée de sueur, de sperme et de rognures d'ongles). Puis nouveau dégel des claviers par léchage (à cet instant, les travailleurs n'ont généralement plus de souffle), avant reprise du travail, consistant cette fois en la rédaction de commentaires sur l'article du moment: chacun, sous son pseudo, personnalisé par respect pour le sentiment d'individualité du travailleur (travailleur01, travailleur02, etc.), peut mettre à profit son libre arbitre en recopiant, selon son désir et sans consigne extérieure aucune, l'un des trois messages écrits au préalable par votre serviteur. Vers 16h, relève des camarades travailleurs en fin de cycle et ramassage des doigts gelés.
A 19h survient un petit moment de plaisir et de convivialité pour les travailleurs, puisque c'est l'heure du seul repas protéiné de la journée, avec consommation des doigts ramassés plus tôt, que nos cuisiniers ont pu entre temps assaisonner avec ce qu'il restait d'essence de Slobodan.
La journée s'achève alors, avec couchage des travailleurs intacts, et installation de bâtonnets d'eskimos en lieu et place des doigts manquants sur les camarades le requérant.
Avec tout cela, je pense m'assurer une place de choix au panthéon des dictateurs.
Vous aussi, vous pouvez apporter votre pierre à cet édifice, en rejoignant notre goulag. Il vous suffit d'écrire à slobodanblog@yahoo.fr , en joignant à votre courier une photographie de vos mains. Les plus solides et les plus efficaces seront sélectionnées pour un casting en ma présence. Vous aurez alors la chance de participer à l'extraction d'essence de Slobodan.
Soyez nombreuses ! Euh, nombreux !
21 juillet 2006
Poc et plouf
En ce moment, ma vie est faite de POC et de PLOUF.
1 - PARTIE RIGOLOTE ET DIVERTISSANTE
Je sais, pour vous ce n’est pas très clair, mais pour moi, ça l’est. «Et alors, connard, pourquoi on vient te lire nous si y a rien à comprendre ?»
Vous avez parfaitement raison de râler. A partir du moment où l’on met des textes en ligne, on se doit d’y insérer au moins un peu de matière consommable par le premier venu, sans quoi il ne sert à rien de rendre ses écrits publics. Aussi dîtes-vous bien, à chaque lecture d’un de mes textes, que j’ai toujours pour but principal de divertir l’inconnu et le connu, c’est-à-dire vous, si donc vous lisez quelque chose dont vous n’avez pas l’impression qu’il a été mis là pour que vous le compreniez, détrompez-vous ! C’est qu’il y a une explication qui arrive derrière. Le problème avec moi, vous l’avez peut-être déjà remarqué, c’est que j’ai une très légère tendance à la tartine, ce qui fait qu’il se peut que vous deviez patienter plusieurs paragraphes avant d’être éclairés sur ce que je voulais vous dire. Donc, comme disait Ellen Ripley dans les couloirs de la base sur LV6-24, face à la victime d’un alien sentant le monstre grandir en lui et lui demandant de l’achever : « Mais un peu de patience, bon sang ! Qu’est-ce que c’est que cette société où les gens veulent tout, tout de suite ? »
Vous aurez noté que je mets systématiquement un espace avant les points–virgules, les points d’exclamation et les points d’interrogation. Je suis tout à fait au courant de la faute qui est la mienne. Mais voyez-vous, je trouve que cet espace est salutaire, tout comme il l’est bien souvent dans le couple, mais ça c’est un autre débat que je m’efforcerai d’aborder ailleurs, car je sens tout à coup comme une raideur chez vous due à l’accumulation fatigante de mes digressions. Bref j’aime cet espace, il rend les phrases plus légères, plus aériennes. Et c’est justement pour ça que je suis devenu dictateur : pour être au-dessus des lois. Faire ce que je veux. Quel pied ! A l’origine, ma seule ambition était d’ailleurs d’écrire des courriers officiels, avec le tampon de la Serbie, et tout, AVEC des espaces ! Le trip… Et puis, bon, de fil en aiguille, vous savez ce que c’est, on se prend au jeu, on s’habitue à profiter des petits privilèges inhérents à la fonction, et avant de dire ouf, on se retrouve à signer des arrêts de déportations. Bon, quoi, j’ai profité de la vie, cela méritait-il vraiment d’être déféré devant le tribunal pénal international ? Je vous le demande !
Cette 1628ème parenthèse étant à présent terminée, je vais mettre un terme à votre souffrance en vous achevant d’un bon coup de lance-flammes. Euh, attendez, non ; à vous, je dois dire ce que j’entendais par POC et PLOUF – ah, putain de cerveau, il m’en aura joué, des tours celui-là ! Je ferais peut-être mieux de me débarrasser de ce lance-flammes, il en a déjà assez fait comme ça. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire… Peut-être sur E-Bay ?
Que signifient POC et PLOUF ? Très simple : la liberté.
2 – PARTIE PRISE DE TETE ET INTERESSANTE
Voyez-vous, en m’approchant physiquement du rebord de la piscine, voici quelques minutes, je me retrouve mentalement au bord d’un nouveau paysage, celui, en quelque sorte, d’une nouvelle vie. Des milliers de litres de possibilités. Comme attiré par les promesses d’autant de petits plaisirs promis à ma destinée, je me laisse tomber avec une passivité volontaire. De tout mon poids, j’heurte l’eau, bras en avant tout de même, pour ne pas me faire mal (control freak jusque dans la tentative d’abandon). Guidé par la trajectoire de mon corps penché, je fais un tour complet, sans forcer la manœuvre, me retrouvant assis au fond de la piscine.
Là, des tas de sensations se manifestent. Le vide qui s’engouffre sous mon ventre pendant la chute, l’écart de température réveillant ma peau (minime, l’écart… 30 degrés dedans, 35 dehors. Quelqu’un aurait-il envie de me tuer par hasard ? Il se trouve justement que je loue des machettes ; 4,95€ la minute, tarif imbattable !), le renversement quand je passe de la tête en bas au cul par terre, les milliers de petites bulles remontant de mon maillot de bain pour venir chatouiller mon corps comme une rondelle de citron dans un verre de Perrier, et, enfin, le bruit du monde du silence qui n’en est pas un, le sourd et grave bourdonnement de la puissance liquide que je viens de pénétrer, et dans lequel je suis capable d’évoluer, mais en tant que petit invité très temporaire de par l’humanité de mes poumons, et sur laquelle je n’ai finalement aucune influence, sinon la capacité de produire quelques vaguelettes.
Eh bien même dans cette matière qui m’entoure et que je ne contrôle pas, je me sens plus libre que jamais. Les sensations que je viens de décrire plus haut sont en soi très banales. Mais j’ai eu l’impression que cela faisait une éternité que je ne les avais pas ressenties. La dernière fois, c’était sans doute à une époque où j’étais encore capable de les ressentir, alors que j’étais encore réceptif à mon environnement. A l’époque, je ne produisais rien, je n’écrivais rien, je ne composais rien ; je ne parlais pas aux filles, assez peu aux autres, rien dans ma vie n’était assez remarquable ou suffisamment distrayant pour me soustraire à l’observation du monde qui m’entourait. L’extérieur avait toute mon attention ; je connaissais par cœur les noms et prénoms de tous ceux dont je croisais la route, je retenais leurs moindres faits et gestes. Je ne savais pas grand-chose car je n’investiguais jamais, je ne poussais pas la curiosité au point de me renseigner activement ; cela aurait signifié exercer une influence sur le monde extérieur ; moi, je ne voulais pas qu’on me remarque avant d’avoir pu comprendre comment le monde fonctionnait, avant d’en connaître tous les rouages, de savoir ce qui se faisait, ce qui ne se faisait pas, ce qui marchait, ce qui conduisait à l’échec.
Vers 10 ans, j’ai eu envie de faire l’amour aux filles. Je ne savais pas exactement ce que ça voulait dire, mais je le voulais, et je ne pensais qu’à ça. Tout le reste n’était qu’outil ou entrave pour parvenir à mon objectif. Pour autant, je ne faisais rien pour parvenir à cet objectif. C’était trop d’inconnues. Il fallait d’abord que je sache exactement ce qui m’attendait, sans rien laisser au hasard. «Une fois que je vais l’inviter à danser, que va-t-il se passer ? Est-ce qu’elle va accepter alors que je ne lui ai jamais parlé ? Et si j’arrive à l’embrasser, que va-t-il se passer après ? On va devenir petits copains, mais après, qu’est-ce que ça implique ? Est-ce qu’on va devoir se voir en dehors du collège ? Je ne vois jamais personne en dehors du collège et en dehors de mon meilleur copain… Que va-t-il se passer alors ? Est-ce que ma mère me laissera sortir ? Et puis après, quand on voudra faire l’amour, on fera ça où ? Chez moi ? Mais comment faire pour être seul chez moi ? Et une fois que ce sera le cas, on sera officiellement très proches, est-ce que je ne me sentirai pas obligé de rester avec elle-même si je ne le veux pas ? Si on doit se marier, que va-t-il se passer après ? » etcetera.
J’avais trop peur de me planter pour faire quoi que ce soit. Du coup je suis resté en retrait ; tant que je n’étais pas sûr d’avoir tout calculé, absolument tout, je ne pouvais pas me permettre de bouger, de parler, de faire quoi que ce soit. Alors je suis resté tapis dans les buissons, à observer, pour décoder le fonctionnement de tout. J’étais ouvert et vide, je n’avais rien à dire et tout à entendre…
A 26 ans, c’est le contraire. Je ne consomme plus, je produis. Un Blog ? C’est quoi ça, c’est pas mal… Il faut que j’en fasse un. Une musique me plaît ? Il faut que je devienne compositeur. Un film vante les mérites de la rébellion ? Je pisse contre un mur.
Une chose m’arrive ? Je n’ai pas le temps d’en profiter, car je prends les choses en main avant. Je ne ressens rien, rien ne m’arrive puisque c’est moi qui suis aux commandes. Je maîtrise mon environnement. Et quand il m’est impossible de le faire, je décide que ce n’est pas intéressant.
Je ne craque jamais. Je suis aussi solide et insensible qu’une pierre. Je vis bien, je n’ai pas de problème, je ne déprime pas ; je ne suis ni heureux ni malheureux. J’en suis généralement content, jusqu’à ce que je croise la route de quelqu’un qui pleure ou crie de joie. Je suis d’un coup renvoyé à mon incapacité à ressentir quoi que ce soit, et donc à passer à côté d’une grosse partie de l’existence d’un homme. Et ça, mon esprit logique et insensible ne le supporte pas, puisque j’ai décidé il y a des années que la seule raison d’être satisfait au moment de sa mort, c’est d’avoir tout vécu. C’est là que la machine s’enraye.
Quand suis-je passé de l’inactivité hypersensible à l’hyperactivité insensible ? Le processus de conversion a sans doute commencé quand j’ai décidé de passer à l’action avec les filles. A 17 ans, après une campagne de « séduction » de six mois qui était en fait une période d’étude de ma proie avant une hypothétique approche, j’ai fait une partie de chatouilles avec elle. Je me suis retrouvé au-dessus d’elle, mes mains bloquant ses bras. Elle me suppliait avec ses yeux de l’embrasser. J’étais en total contrôle de la situation… De toute ma vie, je n’avais jamais autant maîtrisé les paramètres. Je savais qu’elle était célibataire, je savais comment ça allait se passer si on sortait ensemble, ce qu’on allait faire puisqu’on avait déjà des activités ensemble, je venais déjà chez elle… Je n’avais plus de raison de ne pas agir. Sauf qu’il restait une incertitude sur sa réaction. Une partie de moi continuait de stresser à l’idée qu’elle puisse me dire « mais pourquoi tu m’embrasses ? On n’est pas juste amis ? »
Et puis j’ai pensé à mon frère, qui à 22 ans n’était toujours sorti avec personne. Que si ça se trouve, dans de pareilles situations, il a stressé comme moi, et il n’a du coup rien tenté. Je ne voulais pas rester encore cinq ans comme ça ! Alors pour la première fois de ma vie, j’ai accepté de prendre un risque…
Depuis, j’ai réalisé l’importance du risque et accepté l’idée d’en prendre. C’est ce qui m’a permis de basculer dans l’action… Mais… pas à n’importe quel risque : il doit être suffisamment limité pour que mon blindage préalable me permette de ne pas souffrir de l’échec possible.
Mon objectif est à la fois de ne pas souffrir et de vivre beaucoup de choses. Or, pour ne pas subir une souffrance, la meilleure solution est de prendre le problème à bras le corps, et d’agir. Alors je lutte tous les jours pour agir, alors que l’action a longtemps été exclue de mon fonctionnement. Mais j’agis quand même. Et comme je ne peux pas agir sans me blinder pour me protéger face à l’échec, je me blinde à chaque fois. A tel point que je suis maintenant un objet en acier trempé, enfermé dans une machine que j’ai moi-même construite.
Je me pensais définitivement condamné à polir cet acier. Et puis la vie a fait légèrement s’ébranler la machine. Elle m’a placé face à un choix d’action qui présentait un plus grand risque que celui auquel mon blindage me permet normalement de résister, sauf que cette fois, je ne pouvais pas reculer. Malgré les risques. Pourquoi ? Parce que le choix ne concernait pas que moi. Si je ne prenais pas le risque de souffrir aujourd’hui, j’allais souffrir demain et faire souffrir l’autre encore plus… Alors pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis jeté à l’eau.
Dans cette eau, j’ai trouvé la promesse d’une liberté inédite ; celle de faire une infinité de choses, et pas juste celles qui n’étaient pas risquées. Ca fait un bien ! Je me sens capable de faire des choses dont je ne peux pas anticiper les conséquences, libre de souffrir, et donc, potentiellement, d’être heureux.
Tout à l’heure, je me suis jeté à l’eau pour de vrai, et le parallèle s’est présenté de lui-même.
La liberté, c’est de faire plouf.
Le bonheur, quant à lui, fait, entre autres, POC ! Indice : quand vous êtes assis, vous, les hommes, à une table en bois, et que passe devant vos yeux ébahis une jeune femme ayant vocation à provoquer chez vous un bouillonnement d’hormones, pour peu que la nature vous ait pourvu de centimètres et de vigueur… Ca peut faire POC.
En ce moment, ma vie est faite de POC et PLOUF, et c’est ce que je souhaite à tout le monde.
20 juillet 2006
Guest star : CarrieB
Ce qui m’arrangerait vraiment, c’est que là, Carrie, tu fasses un sourire bien niais en prenant la pose, façon hôtesse de la croisière s’amuse. Tiens, je te fais la musique !
Love... exciting and new,
Come aboard,
We're expecting youuuuu-
And love, life's sweetest reward,
Let it float.
It floats back to youuuuuuuu
The LOOOOVE BOOOOOAAAT – Vas-y Carrie, maintenant, retourne-toi vers la caméra, et accueille le téléspectateur avec autant de miel que possible ! Je sais, c’est dur de se mettre en scène de façon aussi ridicule ; tu ne t’attendais pas à ça quand tu t’es inscrite à l’Actor’s Studio. Tu te destinais aux pièces de Tennessee Williams sur les planches de Broadway, tu t’imaginais muse d’un réalisateur indépendant dépendant de toutes les drogues qui font d’un artiste qu’il est respectable par son authenticité, car s'il se drogue, c'est parce qu'il souffre, tu vois, et si l'on ne comprend rien à ses films, ce n’est pas parce que ses derniers neurones se sont barrés à bord du train roulant à toute vitesse sur ses rails de coke, non non, c’est parce que c’est un véritable artiste qui fait de l’art. Je le sais, tu ne pensais pas devoir incarner une héroïne sirupeuse devant plusieurs générations de retraités. Mais il faut savoir ce que tu veux aussi. Je te rappelle que c’est toi qui as refusé ce contrat dans «Mamie est toujours une salope», production pourtant ambitieuse, puisqu’elle prévoyait le retour de Brigitte Lahaie dans le X. Ce n’était pas rien ! Mais non, madame a fait la fine bouche. Alors retourne-toi et souris, bordel !
Bien. Maintenant que nous t’avons présentée à nos amis, je vais pouvoir commencer ce post en bonne et due forme.
Nos lectrices ne manqueront pas de se demander : «Mais que diable fait CarrieB, auteur de son côté d’un blog pourtant pas en reste en termes de pensées intelligentes, dans le titre d’un texte de Slobodan ? C’est certes un grand honneur, et je me damnerais moi-même pour en être ainsi privilégiée, mais tout de même, pourquoi ?»
Effectivement, chers amis, chères amies, vous êtes en droit de vous le demander. Est-ce encore une ruse de ma part visant simplement à attirer par une curiosité facile les membres de la blogosphère environnante ? Non. Ai-je simplement commencé ce texte sans aucune idée de ce qu’il allait être, écrivant simplement en premier lieu « Guest star : CarrieB » pour me laisser porter par l’inspiration comme cela m’arrive parfois ? Non, mais bien essayé. S’agit-il d’un moyen bien maladroit et compliqué d’exprimer l’intérêt qu’a suscité la photo de cette jeune femme en première page de son blog, sans doute pas mise là dans le but de repousser tout lecteur masculin ? Allons. Ou alors peut-être un peu.
Mais la raison, ZE, DAS, EL raison de cette exposition sans doute aussi peu désirée ici par CarrieB que celle de Paris Hilton sur 97 % des PC et MAC du monde entier, réside tout simplement dans mon incapacité à faire court. En effet, ma pauvre Carrie, tu pensais t’en tirer sans problème en me laissant un petit commentaire de rien du tout. Eh bien non. Car j’ai trouvé dans ces trois lignes matière à faire un de ces commentaires interminables qui m’ont valu d’être chassé du pouvoir. En effet, alors que je lisais un de mes discours devant le parlement serbe, quelqu’un, visiblement d’une impatience s’apparentant à celle de l’homme face à son interlocutrice webcamesque qui décidément, en met un temps à l’enlever, son putain de soutien-gorge, se leva pour s’écrier : « Tu vas la fermer ta gueule maintenant ? 3h45, ça te suffit pas pour nous annoncer l’ouverture de ton nouveau centre de torture pour bosniaques ? » Là-dessus, il harangua la foule, qui bien vite se rua vers moi d’un air menaçant.
Mais revenons à nos moutons ; j’ai dans un premier temps entrepris de terminer ma réponse à Carrie sous forme d'un long commentaire… Avant de me dire qu’à ce rythme, ce blog allait bientôt consister en une succession de commentaires certes très intéressante, mais également très confuse pour tout nouvel arrivant, et de finalement peu d'articles à proprement parler.
Me voici donc déterminé à retranscrire sous une forme plus solennelle le propos qui était le mien, et qui ne concernait au départ que Carrie et moi.
Rappel des faits :
CarrieB : "Ben je sais pas quoi dire, là, j'avoue! Y a quoi dans ta tête exactement? T'es sûr que les connexions sont bien effectuées? Non parce que t'as besoin de rien ni de personne, franchement, tel le dictateur que tu es ;-)"
Voilà, Carrie, ce qui te vaut ton quart d’heure de célébrité. Andy Warhol serait bien content face à la preuve de la véracité apparente de son théorème, pourtant parfaitement stupide à mes yeux.
Bref. Cette jeune femme nous a posé une question (oui, je dis nous, César le disait bien alors pourquoi pas moi, d’abord ? C’est parce que je ne suis pas aussi suave qu’un italien, c’est ça ? Eh bien on voit que vous ne connaissez pas bien les serbes…), et compte tenu du désagrément que nous lui faisons subir en ce moment, je pense qu’elle mérite largement que nous lui répondions.
Qu’y a-t-il donc dans cette si belle tête ? Eh bien, l’on pourrait croire qu'un dictateur ayant le temps, entre deux exactions massives, de poster sur son blog, est forcément très bien organisé, et ne peut qu'avoir une tête bien rangée. Il n'en est rien.
L'intérieur de ma tête ressemble à s'y méprendre au boulevard périphérique parisien, c’est-à-dire bordélique, tantôt très rapide, tantôt très lent, très pollué par sa propre activité. Parfois, aussi, il y a des flashes. Mais généralement, ça tourne en rond. Aussi, souvent, je suis persuadé que les choses iraient plus vite sur une autre voie que celle sur laquelle je suis, ce qui fait que je perds beaucoup d’énergie à me décaler, alors qu’au bout du compte, le résultat n’est pas forcément meilleur.
Petite parenthèse (comment ça comme toujours ?) : les provinciaux auront remarqué mon souci de préciser de quel boulevard périphérique il s'agit, et donc d'asseoir, une bonne fois pour toutes, le fait que le parisien n'est pas forcément persuadé qu'il n'y a qu'un seul BP, qu'il est au centre du monde. Non, le parisien est ouvert au reste de la France, à sa différence, aux coutumes d'ailleurs, et d'ailleurs j'ai tellement d'affection pour la province que j'ai l'intention, avec mon armée d'intellectuels parisianistes, emmenés par le Général Gérard Miller et le Maréchal Bernard Henri-Lévy, d'annexer peu à peu les départements alentours afin des les élever socialement et culturellement.
Ainsi, les voies pour bus et les voies pour cyclistes seront étendues à toutes les rues des petites communes rurales afin de reproduire partout les embouteillages de la capitale. Par ailleurs, les files d'attente seront systématiquement triplées par adjonction de clients supplémentaires triés sur le volet car recrutés dans mes meilleurs camps de concentration, et ce afin d'obtenir le plus de visages mécontents et stressés possibles.
J’imposerai la construction d’une Tour Eiffel et d’un Arc de Triomphe dans chaque ville, avec l’implantation d’un certain nombre de japonais, dont la proportion variera en fonction du nombre d’habitants, avec un taux d’équipement en appareil photo de 100 %. Dans chaque parc sera aménagé une zone « Boulogne », avec présence obligatoire de 3 prostituées, dont une bisexuelle et au moins deux roumaines.
Nous commencerons notre campagne nationale dans le 92, où nous avons déjà quelques bastions qui ne feront sans doute pas beaucoup de chichis !
Oh, je sais ce que vous vous dîtes : « ouais ben, sa réponse en elle-même à la question de Carrie n’était pas si longue… Etait-il vraiment nécessaire de nous briser les burnes avec le générique de La Croisière s’amuse ? »
Bon, d’abord, je vous prie d’employer un langage un peu plus châtié chez moi, merci. Ensuite, précisément, nous sommes chez moi. Et je fais ce que je veux. Rhaaaa, que c’est bon… La liberté… Parfait teasing s’il en est puisqu’il s’agit du thème de mon prochain post. Ouvrez l’œil !
18 juillet 2006
Pat Riote la girafe
"A nos enf... de la P.... Le jour de g.... est arrivé !!"
Voilà dans l'esprit ce à quoi j'ai eu droit au soir du 14 juillet : un ersatz de manifestation patriotique. Néanmoins, avec un peu de créativité, on peut transformer un hymne étouffé en quelque chose de plus ludique que l'original. Ainsi, en laissant libre cours aux capacités uniques d'interprétation de mon cerveau dérangé, je pourrais me délecter de cette merveilleuse chanson paillarde : "A nos Enfilades de la Perfection incarnée, le jour de Girafe est arrivé !" (d'incultes enquiquineurs viendront me casser ma baraque en me précisant, du haut de leur ignorance, que la girafe n'a rien de paillard, et que j'ai cédé, à 3h03 du matin, à la facilité en me contentant pour cette chanson d'un mot commençant par un g, comme gloire, et ne répondant pas à davantage de conditions. Eh bien sachez que la Girafe est au contraire particulièrement sexuelle, puisqu'elle est considérée par certaines tribus d'afrique comme le symbole même de la virilité, de par la longueur de son cou, qui rappelle la verticalité de l'homme lorsqu'il bénéficie de bonnes conditions météo (je rappelle que la température peut jouer dans la variation des proportions, ainsi la Tour Eiffel, en cas de chaleur, se dilate pour gagner près d'une dizaine de mètres - véridique).
Mais l'adoration de la girafe par les primitifs est un fait peu relayé par les ethniciens, car entaché de certaines dérives au sein des tribus les plus sauvages - je parle bien sûr du fameux sacrifice humain de 1948, qui avait vu une contractuelle parisienne (venue là-bas en formation "verbalisation de pirogues") se faire infliger une punition fréquemment suggérée dans le cadre de son métier par de nombreux automobilistes à la suite d'une infructueuse tentative de négociation visant à faire une exception, s'il vous plaît madame, je suis juste allé à la boulangerie, mon chien est malade, je fais pipi partout en dehors de ma niche, mon perroquet est en phase terminale d'un cancer des poumons. Cette femme a donc subi une punition de troisième classe puisqu'administrée par le représentant animal de l'immensité pénétrante masculine. Bref, la girafe est sexuelle, m'emmerdez pas)
Oui, je sais bien, vous vous dîtes : "Si Slobodan avait vraiment entendu "A nos enf... de la P.... Le jour de g.... est arrivé", Il n'y absolument aucune chance pour qu'il l'ait l'interprété par "A nos Enfilades de la Perfection incarnée, le jour de Girafe est arrivé". Le nombre de syllabes n'est même pas le même, il se fout de notre gueule."
Ouais ouais, je vois votre genre. Vous êtes de ceux qui préfèrent une marseillaise molle à une marseillaise dure. Vous faites partie de ces intellectuels bien pensant se réveillant le matin sur "Imagine" devant un poster de John Lennon, et qui se choquent de ce que l'on chante à tue-tête un chant de guerre servant à arranguer la foule en lui suggérant d'abreuver nos sillons du sang de ces enculés d'italiens, de toutes façons on a pas vraiment perdu le match, les tirs au but ça compte pas, et Materazzi il a parlé à Zizou de sa soeur, ce n'était tout de même pas très gentil, surtout que s'il en parle, c'est qu'il la connait, Zizou a dû lui présenter, et voilà comme il l'en remercie, non vraiment, ces italiens, on va leur mettre un coup d'étandard sanglant dans la gueule, ça leur apprendra.
Oui, vous êtes des bisounours, vous vivez dans un monde où l'homme est bon et où il n'y a pas d'armée car pas de guerre. Moi, je vis dans un monde où seule la femme est bonne, et encore, pas toujours, mais où il faut néanmoins la protéger des envahisseurs. C'est pourquoi nous avons besoin de soldats pour annexer l'Italie, histoire d'éliminer la menace, celle de voir un jour ces barbares débarquer chez nous pour saccager nos boulangeries à grands coups de Gressinis, et violer nos soeurs à grands coups de Gressinis aussi.
Donc, je regrette, ce n'est pas avec un très ressemblant mais néanmoins très mou "A nos enfants de l'apathie, le jour du loir est arrivé" que nous allons exciter nos militaires à l'heure de la guerre totale avec les pizzaiolos. Parce qu'eux, sachez-le, n'hésiteront pas; à la moindre baisse d'attention de notre part, c'est le coin du carton à pizza dans l'oeil, et ça mes amis, ça ferait regretter même son pacifisme à Jean Jaurès. D'ailleurs, celui-ci ne s'est-il pas exclamé, au milieu d'un discours sur le maintien de la paix dans le monde, interrompu par un pizzaiolo, qui sont les équivalents italiens de nos entarteurs :
"J'ai le droit de vous dire que c'est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l'orage, la seule promesse d'une possibilité de paix ou d'un rétablissement de la paix - Aïe !! Enculé de rital de merde !! Ca fait mal, une boîte à pizza !! Venez, camarades !! On va leur montrer ce qu'on vaut à ces encartonneurs d'italiens de merde !!"
Jean Jaurès, 25 juillet 1914
Vous voyez ? A ce moment là, même Jaurès aurait eu besoin d'un hymne empreint d'énergie pour motiver ses ouailles ! Lui avait l'Internationale, eh bien moi j'ai la Girafe, que cela vous plaise ou non, bande de hippies.
Enfin de toutes façons je ne vois vraiment pas pourquoi vous venez m'embêter pour cette histoire d'Hymne et de Girafe, alors que ce n'était même pas mon propos d'origine. Non, je voulais simplement vous parler de mon 14 juillet. Ce soir là, je voulais exhaler mon sentiment patriotique avec la vision collective d'un beau feu d'artifices vibrant et coloré. J'ai donc pris mon courage à deux mains et me suis engouffré dans le métro.
Premier indice d'une soirée compliquée :

Vous constaterez que malgré la foule, qui peut en oppresser plus d'un (dont mon accompagnateur d'alors qui n'en menait pas large), on peut voir sur cette photo quelques sourires. Alors qu'on ne vienne plus me dire que les Parisiens font tout le temps la gueule et la transmettent par leur malpolitesse intrinsèque. Ca, de toutes façons, c'est un propos de pauvre provincial de merde.
Après m'être pris quelques minutes pour un poulet élevé en batterie, le méthane en moins, fort heureusement (encore un fait démontrant la politesse du parisien; le provincial, ce rustre, aurait forcément pété sur son voisin... Sans parler des italiens.), je me retrouve à l'air libre. Enfin, pas si libre, car emprisonné en rase-motte par les quelque 3000 paires de poumons, soit 6000 unités, allez, on va dire 5000 en comptant les fumeurs. Woodstock version 2006, ça donne ça :

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l'endroit, il s'agit du Trocadéro; la tour Eiffel, lieu du tir des fusées, se trouve loin devant, entre les deux bâtiments, sur cette photo, derrière celui de gauche. Evidemment, si nous voulions voir quelque chose, il nous fallait contourner la foule, ce que nous fimes. Mais, finalement arrêtés par un obstacle humain, voici la meilleure vue que nous ayons obtenue :

Vous constaterez la présence du sempiternel basketteur himalayen, dépêché spécialement par l'équipe des Los Angeles Lakers du championnat NBA pour m'empêcher de voir ce qui se passe. Les lieux de pèlerinage de ces basketteurs sont généralement des cinémas ou des salles de concert, mais là, le californien avait entendu parler d'un spectacle pyrotechnique. Or le californien adore le feu, c'est d'ailleurs pourquoi il y a tant d'incendies là-bas.
Face à l'impossibilité de jouir réellement du feu d'artifice, il convenait donc pour moi et mon compère de porter notre attention sur d'autres éléments de notre environnement direct; l'on constate sans trop de problème que l'on peut passer un bon moment en beaucoup de circonstances, même avec un basketteur devant soi :

Là, on ne voit pas grand chose, mon portable ayant été aveuglé par la beauté des sujets, mais je peux vous dire, mes chers amis, qu'en l'absence des vibrations orgasmiques occasionnées d'ordinaire par les explosions des fusées (nous étions trop loin pour les ressentir), nous avons pu jouir d'une autre forme de vibrations, que l'on peut également éprouver dans les pharmacies (quand elles sont tenues par des stagiaires en début de carrière) ou dans les galas d'écoles d'infirmières.
Il n'empêche que je n'ai pas pu profiter pleinement du seul moment de patriotisme collectif. Un ersatz, comme je vous le disais tout à l'heure, si je parle de la moitié de feu d'artifice dont j'ai été témoin. D'où l'intérêt de recadrer le propos de la Marseillaise pour en faire un hymne à la Girafe, car ce soir-là, celle-ci était à l'honneur.
Vivement le 14 juillet 2007 !
13 juillet 2006
Le courage a des roulettes
J'ai 26 ans. J'ai été plutôt bien éduqué, dans un milieu où on est réputé être bien éduqué. J'ai plusieurs diplômes, dont certains ont nécessité la lecture de pas mal de textes, et la rédaction de quelques autres. Je suis ce qu'on pourrait appeler, pour peu que l'on jette un voile pudique sur mes lectures favorites, à base de canards et d'entrepôts, et avec toutes les réserves qui s'imposent, un intellectuel. J'ai décidé de monter un blog pour faire dégouliner mon inspiration de façon plus ou moins drôle, habile et littéralement savoureuse - bref, laisser place à une créativité teintée de subtilité tentée, avec une force et une motivation que je puise dans la visite de nombreux blogs, qui, à mes yeux, méritaient de demeurer uniques dans leur platitude. D'où ma volonté de verser dans la qualité, dans les très modestes moyens qui sont les miens.
Là, je tombe sur un blog où s'organise entre filles un concours de t-shirt mouillés. Et en très exactement 0,78 secondes, s'effondrent 5 ans d'études, 15 ans d'éducation bourgeoise, et les meilleures intentions d'un modeste surfeur ayant voulu redorer un peu le blason de l'apport humain et amateur sur la toile. L'objet du délit : http://yojikgirls.canalblog.com/
Oui, on a déjà vu ça, non, ça ne vole pas haut, mais, comme l'aurait dit, selon certaines sources très bien informées, le président Roosevelt peu avant sa dernière course à roulettes contre son petit-fils (qui lui était à vélo, ce qui va tout de même beaucoup plus vite qu'un fauteuil roulant, et ça, les conseillers de la Maison Blanche ont bien essayé de lui dire, à la Maison Blanche, mais si l'on veut être écouté, il est tout de même préférable de s'adresser au président, et pas à la maison blanche, bande de nuls, bref Roosevelt aurait dit:):
"C'est en rase-motte que l'on est le mieux placé pour raser les mottes".
De prime abord, cette phrase parut bien obscure à l'entourage du courageux invalide. Tout d'abord parce qu'il est bien compliqué de grimper à bord d'un rase-motte, car si tel objet existait bel et bien, il faudrait encore qu'il soit suffisamment solide pour accueillir un être humain - sans même parler de Roosevelt lui-même, dont le fauteuil aurait à lui seul compliqué la tâche de l'entreprise. Ensuite parce que les gens du président ne voyaient pas l'intérêt de raser les mottes. Il faut dire que la première image qui leur vint à l'esprit fut celle d'une motte de beurre. Dans ces conditions, ils ne purent réprimer un terrible aveu d'incompréhension aux oreilles bientôt meurtries de Roosevelt : "Mais, M. le Président, quel est l'intérêt de raser une motte de beurre ? A notre connaissance, le beurre n'a pas de poils !"
"Mais bougres d'imbéciles, rétorqua-t-il, vous ne comprenez donc rien ! Qui vous a parlé de beurre ? Et puis zut, j'abandonne. Je ne vois pas pourquoi je me décarcasse à essayer de faire comprendre quelque chose à des conseillers si stupides qu'ils tiennent à ce que je me déplace partout en fauteuil roulant pour attirer la sympathie internationale pendant les réunions au sommet. Comme si le fait que l'on m'aide à faire ma toilette allait aider le pays ! C'est encore un coup de ma femme, n'est-ce pas ? Je le savais, elle ne m'a jamais pardonné mon incartade avec mon assistante, Gertrude Lewinski".
F.D. Roosevelt a donc emporté dans sa tombe le sens de cette fameuse phrase, ainsi jamais nous ne saurons pour sûr ce qu'il a voulu dire. Néanmoins, l'on peut préjuger de la teneur de son propos; et si notre Franklin avait compris, en prenant place dans cette chaise roulante dont il n'avait, nous venons de le voir, pas réellement besoin, pour affronter son petit fils à vélo, une chose essentielle du parcours d'un homme ? A savoir que la victoire n'a de réelle saveur que si elle est obtenue dans des conditions d'affrontement honnêtes ? En effet, si F.D. avait défié son petit fils en limousine, non seulement il l'aurait sans doute écrasé, mais, en plus, battu à plate couture. Certes. Mais ces deux conséquences ne lui auraient arraché qu'un piteux "bon, j'ai gagné, c'est bien."
Tandis qu'alors qu'il se démenait comme un beau diable entre ses deux roues, tentant au bord de l'infarctus de rattraper le vélo de son petit-fils, il ressentait en lui la vaillance, les tripes qui lui permettraient peut-être, un jour, de pousser un cri victorieux et rageur au moment de passer enfin en tête la ligne d'arrivée, tracée imaginairement entre le coin gauche du canapé et le coin droit de la table basse présidentielle. Il se trouve qu'il mourut peu après sa fameuse déclaration sur les mottes, au cours d'une ultime course qui s'annonçait dès le départ difficile, puisque Kevin Roosevelt venait d'avoir pour noël le nouveau Raleigh Burner 1950, avec triple plateau et porte-bouteille. Alors certes il mourut, et il mourut battu, mais surtout, il mourut vaillant, égal à son adversaire, chacun dans son rase-motte, essayant de raser la motte le premier.
Tout ça pour vous dire que oui, je pourrais ignorer la présence d'un concours de t-shirt mouillés sur le blog de Yojik. Oui, je pourrais snober ce blog en me contentant de déverser des tonnes de littérature sur ces pages et ainsi gagner la bataille de l'intérêt à plate couture. Mais dans le souci de vivre une vie vraiment vaillante, je préfère descendre de ma limousine, pour monter moi aussi dans un rase-motte, et me battre avec les mêmes armes que mon collègue blogeur.
Je vous propose donc d'organiser moi aussi un concours de t-shirt mouillé, qui sera donc en concurrence directe et loyale avec celui du blog de Yojik. Tout envoi sera anonyme car effectué selon mes conseils depuis une adresse mail bidon, néanmoins je demande dans l'image la mention "pour toi, Slobodan", ou, au choix, "en hommage à F.D. Roosevelt"; je ne veux pas des rebuts de Yojik, non mais. Les participants peuvent noter l'adresse d'envoi : slobodanblog@yahoo.fr
Je vous rappelle pour que les choses soient bien claires que je fais uniquement ça par élégance. Et pas du tout parce que moi aussi, j'ai envie de voir des seins.