18 mai 2007
Partis S'couchés
Oui, je sais: depuis quelques mois, je ne suis plus très drôle. Pendant longtemps j'ai résisté à évoquer la politique sur mon blog, tant le sujet est clivant, et risque de me couper d'une bonne moitié des internautes. Mais soyons franc, face à tant de mauvaise foi / connerie (rayez la mention inutile selon les cas) de la part de beaucoup de mes adversaires d'idée, je ne suis pas parvenu à rester muet.
Enfin voilà, maintenant c'est fini. Mon favori est élu, les petites phrases fielleuses de Hollande n'ont plus d'importance. Plus besoin de trembler à chaque fois que Sarko ouvre la bouche, en se demandant s'il n'a pas offert une occasion au PS de déformer une nouvelle phrase qu'il n'aurait pas assez précisée.
Ouf, fini. Hmmm ? Comment ? Les ...?
Oh putain, c'est vrai !! Les législatives !!
Mais nom de nom, quand vais-je enfin pouvoir me remettre à écrire des textes rigolos et apolitiques ?
Bon... On y retourne alors. Mais pas longtemps, c'est promis.
NOS AMIS DU PS
Le PS est dans une panade idéologique à peu près totale. Il hésite entre deux postures :
A - celle qui est la sienne depuis 1980 (discours généraliste montant les pauvres contre les riches, et alliance afférente avec le PC et les Verts), (attitude Hollande/Mélenchon/Fabius)
B - celle des autres socialistes européens (abandon de l'utopie communiste, acceptation d'une économie de marché régulée, bref décalage vers le centre). (attitude Strauss-Kahn/...peut-être Royal, on ne sait pas encore, ce serait pas mal qu'elle dise ce qu'elle pense un de ces quatre, plutôt que de critiquer ce que pensent les autres)
Mon avis : en sachant l'état des PS européens, qui sont tous des démocrates sociaux façon Strauss Kahn, et en voyant que le socialiste Blair est pote avec Sarkozy, il me paraît impossible que Hollande et Fabius puissent penser sincèrement que la bonne marche idéologique se situe à leur gauche plutôt qu'à leur droite. Je crois ces deux-là en revanche convaincus du bien-fondé électoraliste de leur position. Le pire, c'est que je suis de leur avis : si le PS veut exister dans l'opposition frontale, et non comme un partenaire de discussion du gouvernement de droite, ils sont obligés de forcer le trait, et de continuer de prôner l'opposition pauvres / riches de l'extrême gauche.
Pourquoi ? Tout simplement parce que si les socialistes se mettent à ressembler à Blair ou à Zappatero... Ils se retrouveront tout proches de Sarkozy, et il leur deviendra très difficile de continuer de traiter leurs adversaires de droite comme les pires de tous.
Car disons les choses comme elles sont : en France, tout notre spectre politique est décalé vers la gauche. Notre droite équivaut à la gauche américaine et britannique. Dans les autres pays développés, notre gauche n'existerait pas... Je parle de notre gauche économique (notre gauche morale est surpassée sur sa gauche par les Pays-Bas, qui sont toujours les premiers à légaliser les choses, mais c'est autre débat). La vérité, c'est que Sarkozy serait un démocrate aux USA, et un
travailliste en Angleterre. Les socialistes sont donc condamnés à tenir
un discours d'extrême gauche pour exister.
Ainsi, le PS refuse à tout rompre d'être associés de près ou de loin au gouvernement. Ainsi, ils ont exclu Bernard Kouchner et Eric Besson à la minute où ils ont cessés de soutenir leur parti. C'est certes logique, mais en l'occurrence, cela s'inscrit dans une démarche d'opposition systématique à leurs adversaires, comme ils le font depuis 5 ans. A une exception près : la guerre en Irak, qui a vu se former un consensus contre elle. Mais là, le PS n'avait vraiment pas le choix - et pour cause: une telle opposition à la posture chiraquienne aurait mécontenté ses supporters d'extrême gauche, pacifistes par principe, qui constituent le seul point d'ancrage idéologique leur permettant de se démarquer encore de la droite.
La stratégie d'opposition systématique du PS a montré les limites de son efficacité pendant la campagne, quand Ségolène Royal a proposé une loi sur la protection des femmes battues... déjà votée par la droite à l'Assemblée Nationale, et qu'elle avait omis de voter. Oups.
Pour moi, c'est clair: Hollande et Fabius ont pris le parti de mentir à leurs militants. Ils ne pensent pas ce qu'ils disent. Hollande ne déteste pas les riches, contrairement à ce qu'il dit. Il a deux appartements et une maison. S'il ne se déteste pas, alors où sont les riches ? Ils savent que leur discours ne correspond pas à leur pensée, mais ils le maintiennent, car s'ils ne se placent pas clairement à gauche de la droite, où pourraient-ils se placer ?
Mélénchon, c'est autre chose. Lui, je le crois honnête. Lui n'aime pas les riches par principe. Mélenchon se trouve être précisément ce que Hollande et Fabius prétendent être: un type un peu benêt qui ne comprend pas l'économie, et que la générosité intestine empêche de voir les réalités des évolutions du monde. Moi, je trouve que sa connerie est cent fois plus respectable que la mauvaise foi des deux autres.
Strauss-Kahn, lui, est sincère. Voilà des années qu'il fait tout ce qu'il peut pour amener le PS à évoluer vers un socialisme plus proche des autres socialismes de notre continent, c'est à dire vers ce qu'on appelle la Social-démocratie. Seulement voilà, comme beaucoup de personnes honnêtes, il risque de n'arriver à rien. La majorité des électeurs sont plus binaires que lui; sans opposition claire au projet de droite, il n'a aucune chance. Problème: la différence entre son projet et celui de Sarkozy n'est pas flagrante.
Un pote me dit souvent : "Strauss-Kahn, je me demande ce qu'il fout à gauche". C'est une phrase qui suppose que l'on considère que la gauche doit rester dans ses archaïsmes économiques pour exister. Moi, ça m'arrangerait: ça me permettrait de continuer à considérer le PS comme les mauvais de l'échiquier politique. Mais pour la France... Je préférerais que Strauss-Kahn reste au PS et qu'il le fasse évoluer.
Que va choisir de faire le PS ? Garder sa ligne, et continuer de faire croire aux français qu'on peut dire merde au monde entier comme on a pu le faire avant la mondialisation? Ou se défaire des dogmes issus du communisme pour épouser, comme les autres PS, une économie de marché contrôlée affichée, et ainsi signer son arrêt de mort en avouant son inutilité dans notre pays, en présence d'une droite qui est déjà interventionniste ?
La réponse est dans la question.
Commentaires
Mais nom de nom, quand vas-tu enfin pouvoir te remettre à écrire des textes rigolos et apolitiques ?
Ouais
Tout comme Carrie!
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