Slobodan le gentil dictateur

Blog de Slobodan le gentil dictateur. Rire. Humour. Pensées intelligentes. Jeux de mots très douteux.

27 avril 2007

Besson: présumé coupable

On a beaucoup glosé sur le changement de camp d'Eric Besson, ancien secrétaire national du PS chargé des questions économiques et notamment du chiffrage du projet du PS. Après avoir démissionné de ses fonctions, écrit le livre "Qui connait Mme Royal ?", dans lequel il explique pourquoi il a quitté le PS, il a annoncé son soutien à Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, le PS mais aussi beaucoup de journalistes dits neutres lui tombent dessus, l'accusant d'avoir trahi son camp dans l'unique but d'obtenir un poste ministériel dans l'équipe de Sarkozy... sans plus de preuve à charge qu'à décharge.

Il y a deux façons possibles d'analyser l'attitude de Besson; résumons-nous: soit on le croit, soit on ne le croit pas.

Si on le croit, je ne vois vraiment pas où est l'incohérence de sa démarche.  En bon petit soldat, il a suivi les instructions de son parti pendant des mois, en jetant un voile pudique sur ses réserves, jusqu'à ce que la coupe soit pleine. La limite ayant été franchie, celle au-delà de laquelle sa candidate devenait moins soutenable que son adversaire, il a naturellement décidé de changer de camp. Tout cela est très logique.

On l'accuse d'avoir trahi sa famille politique... On peut tout aussi bien dire qu'il a été au contraire d'une incroyable loyauté, voire d'une loyauté aveugle, puisqu'il a été capable de rédiger sur commande un pamphlet anti-Sarkozy dont il ne pensait pas la moitié, capable aussi de défendre un chiffrage de projet qu'il savait très "léger". On peut appeler ça de la malhonnêteté, on peut aussi appeler ça de la loyauté.

Et puis on peut décider de ne pas le croire, en l'accusant d'être de mauvaise foi. Certes. Mais qu'est-ce qui permet de pousser davantage vers le soupçon que vers la croyance? Rien, en tout cas l'on ne trouve rien de tel dans les analyses de ceux qui l'accusent d'opportunisme.

La remise en question du propos d'un homme politique est une chose, et c'est il me semble le rôle du journaliste; la présomption de culpabilité en est une autre, et elle est malheureusement devenue la règle dans le monde de l'observation politique... Ce qui ne va pas aider les gens à avoir confiance en la classe politique, ce qui devrait rendre les politiques encore plus frileux dans leur façon de gouverner.

Posté par Slobodan à 15:53 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 avril 2007

Travailler plus pour gagner plus: gné ?

Je cite le bloggueur Yojik:

"Il me semble que dans la mesure où il n’y a pas en France autant d’offres d’emploi que de chômeurs, c'est la preuve qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde. Donc je voudrais bien que l’on m’explique en quoi ou comment, donner davantage de travail à ceux qui en ont déjà un, règlera le problème de ceux qui n’en ont pas ? Si je fais travailler un salarié 45 heures par et que je lui impose de partir à la retraite plus tard, donc occuper plus longtemps son emploi, je me demande par quelle magie, cela va créer de l’emploi pour les autres. Si vous voyez, vous me dites hein ? Moi c'est sûr, je suis trop con pour trouver tout seul."

Voici mon humble contribution au débat.
Effectivement, de prime abord, on serait tentés d'avoir le même réflexe que ce bloggueur; d'ailleurs, beaucoup partagent son analyse - principalement à gauche.

La gauche part du principe que le travail est une donnée fixe qui ne peut pas varier. A partir de là, si on a X emplois, le seul moyen pour que tout le monde ait un emploi, c'est de diviser les X emplois en autant de demandeurs d'emploi. Alors pour obliger à la création d'emploi, on encourage les quinquagénaires à partir en pré-retraite, et on décourage les entreprises de laisser ses employés travailler plus de 35h.

Problème : si en effet le nombre d'emploi est une donnée fixe, sa population, elle, augmente; il va arriver un moment où on ne pourra plus diviser le travail ! Que fera-t-on à ce moment-là ?

La droite pense elle au contraire que le travail n'est pas une donnée fixe. On peut faire varier le nombre d'emplois. Comment ? Par le travail lui-même. "Le travail créé le travail" est une phrase martelée à longueur de journée par Sarko, mais malheureusement jamais expliquée ; j'imagine qu'il croit que tout le monde comprend tout de suite ce que ça veut dire; c'est con, parce que c'est pas évident.

Explication du concept "le travail crée le travail"
: pour créer des emplois, il faut qu'une entreprise embauche. Or une entreprise ne va pas embaucher pour le plaisir, ni simplement parce qu'elle en aurait les moyens - mets-toi dans la tête d'un patron : tes bénéfices, tu en fais quoi? Tu en profites ou tu les donnes aux autres? Non. L'entreprise ne va embaucher que si elle a besoin de nouveaux employés pour faire de nouveaux bénéfices en conquérant de nouveaux marchés. Mais quand les nouveaux marchés apparaissent-ils? Quand les gens consomment, achètent. Pour cela, il faut que les gens ait un pouvoir d'achat qui le leur permette... Ainsi, ceux qui auront l'occasion de travailler plus avec les heures supp défiscalisées verront leur pouvoir d'achat augmenter; cet argent ira dans la consommation, créera des marchés, incitera les entreprises à exploiter davantage ces nouveaux marchés, et pour cela, à embaucher...

Conclusion : le travail crée le travail, et encourager Paul à travailler plus ne retire pas un job des mains de Pierre.

Avantage bonus : l'augmentation de la consommation occasionnnée par celle du pouvoir d'achat augmente les recettes de TVA pour l'Etat, ce qui lui permet de baisser les impôts sur les particuliers pour leur permettre de consommer encore davantage, et de baisser l'impôt sur les sociétés pour leur permettre d'exploiter encore davantage les nouveaux marchés ainsi créés. Cercle vertueux !

Evidemment, le désavantage de la stratégie de droite, c'est que ça rend l'idée de travailler moins qu'aujourd'hui impossible, ce qui n'est pas très agréable. Mais entre vivre agréablement le temps que le pays fasse faillite, et bosser un peu plus qu'on ne voudrait dans un pays qui peut regarder devant lui, je préfère quand même la deuxième solution!

Posté par Slobodan à 00:48 - Politique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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